lundi 14 janvier 2019

Moutarde de mots

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Il y a une idée préconçue qui perdure depuis fort longtemps insistant sur le principe que les démocraties ne se font pas la guerre entre elles et que, en outre, elles ne commettent pas d’actes d’agression envers d’autres pays.

On n’a jamais entendu d’exagération plus monumentale. À l’époque où ces outrances ont été proférées, on aurait déjà pu se récrier. Mais aujourd’hui, alors que tant d’exemples ont été donnés de l’ingérence agressive de démocraties pourtant bien établies, elles prennent des airs de bouffonneries dépouillées de toute crédibilité.

Il semble que cette légende a commencé après la Grande Guerre, celle de 1914-1918, où – c’est bien connu – les démocraties occidentales se sont portées à la défense de la civilisation. Pourtant, parmi les grandes puissances ayant participé au conflit, seuls la France et les Stazunis étaient des républiques. Toutes les autres étaient des monarchies, il est vrai, mais la plupart étaient constitutionnelles et disposaient d’une assemblée législative dûment élue. Alors, étaient-ce des démocraties ou pas? Par voie de conséquence, il semble bien que, à des degrés divers, la réponse soit oui.

Le préjugé favorable au principe de la démocratie pacifiste est particulièrement tenace aux Stazunis, lesquels oublient – comme c’est fâcheux – que leur propre guerre de Sécession a opposé deux régimes républicains, très scrupuleux quant aux principes démocratiques. Et je n’aborderai pas ici leur propension à jeter à bas des gouvernements élus, en Amérique latine et ailleurs, pour mettre à leur place des dictatures militaires.

Qu’on considère seulement toutes les interventions occidentales (Stazunis, France, Royaux-Munis) au Proche-Orient ou ailleurs, depuis la prétendue décolonisation post-1945, et l’étiquette de «démocratie» a pris du plomb dans l’aile sur le plan du prestige et de la crédibilité.

À moins, bien entendu, que tout tienne au principe voulant qu’on nous donne le mot, mais pas la chose.

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