samedi 1 octobre 2022

Le must du Musk

 


Et s'il ne fonctionne pas, on pourra toujours l'envoyer en orbite lui aussi.


vendredi 30 septembre 2022

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Les pains tardent


Dans la foulée de la chute du mur de Berlin et de celle du socialisme en Europe, il semble que soit venu le temps des bilans. En prenant pour point de départ la propagande occidentale tout au cours de la guerre froide, l’auteur résume celle-ci au concept suivant. Le contexte d’affrontement, généré par l’opposition entre socialisme et capitalisme, a créé une véritable incertitude économique, ce qui a entraîné en retour une relative paupérisation de la classe ouvrière. Ainsi donc, la chute du mur de Berlin a suscité d’immenses espoirs, tant à l’Est qu’à l’Ouest, quoique pour des motifs différents. Si à l’Est, le motif a surtout été l’éventualité d’une plus grande liberté, à l’Ouest ce fut surtout l’augmentation du niveau de vie qui a séduit la classe ouvrière. Mais le passage à une économie de marché en Europe de l’Est n’a pas entraîné là-bas une meilleure qualité de vie. Au contraire, l’élimination implacable des industries moins performantes, qui demeuraient indispensables dans une économie planifiée pour leur faculté de générer de nombreux emplois, a acculé à la misère une part importante de la main-d’oeuvre. Le même phénomène s’est produit en Occident où, depuis la « victoire de la liberté », les conditions de vie des masses laborieuses, tant en Europe qu’en Amérique, se sont dégradées constamment. Parallèlement à l’effritement du pouvoir d’achat des travailleurs, les comptes rendus économiques rapportent, année après année, des profits records et une santé économique exceptionnelle. La prospérité issue de la guerre froide n’est donc pas un phénomène généralisé. Il s’agit en fait d’un enrichissement extrêmement restreint dans l’espace social. Alors que les classes laborieuses, des deux côtés de l’ancien rideau de fer, attendent avec une impatience croissante leur juste compensation pour les sacrifices qu’ils ont consentis, la propagande victorieuse du grand capital tente avec de moins en moins de succès de concilier les espoirs inspirés par le triomphe du libéralisme et la réalité actuelle. Le grand défi qui attend les sociétés industrialisées dans les années qui vont conclure la fin du siècle et, avec lui, du millénaire sera de développer un discours rassembleur où riches et pauvres trouveront des motifs pour travailler ensemble afin d’assurer leur prospérité respective et commune. Car, comme le note amèrement l’auteur, à quoi pouvait bien servir d’abolir un mur séparant deux mondes si ce n’était que pour en ériger un nouvel entre deux classes et, de cette manière, donner en définitive raison au discours des vaincus d’hier. Et l’auteur de fournir cette mise en garde aux décideurs : « Les vaincus d’hier ne sont-ils pas souvent les vainqueurs de demain ? »


 – Noël Joued – 506 p. – 1997 – Sans doute le plus éclairé des essais portant sur l’après-socialisme, cette oeuvre, qui a remporté la Plume d’or à la foire du livre de Luxembourg, est devenu un incontournable, cité autant par les érudits que les gens d’affaires.


jeudi 29 septembre 2022

New crud on the block


 

mercredi 28 septembre 2022

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L’oeuf à schisme


Dans cet essai, l’auteur reprend de manière plus concise et moins théorique les grandes lignes de sa thèse de doctorat d’État déposée au printemps 1986 à Paris V. Professeur émérite en psychosociologie, il présente ici une vue assez pessimiste des sociétés occidentales en cette fin de siècle. Prenant appui sur l’expérience individuelle, il la renvoie dos à dos avec la réalité collective. Entre ces deux niveaux d’existence de l’humain, il découvre de profondes failles génératrices d’aliénation. En effet, l’expérience individuelle, selon son postulat, est invariablement, à travers toutes les sociétés et toute l’histoire, le microcosme de la réalité collective. En d’autres termes, l’individu est en quelque sorte l’oeuf fertile d’où émergent les schèmes de réflexion et les concepts guidant l’évolution des sociétés. En perpétuelle rétroaction avec l’inconscient collectif, l’expérience individuelle, en tant que moteur, est toujours contrôlée – « monitorée », selon le néologisme créé par l’auteur –  par la classe dominante. À cet effet, l’exemple soviétique, pas plus que les anciennes sociétés aristocratiques et monarchiques, ne fait pas exception. Ce contrôle est double. D’une part, l’élite s’astreint à développer des discours selon les besoins et les circonstances afin d’assurer sa prééminence sur l’ensemble de la société, prééminence qui, pour être efficace, ne peut pas se limiter à l’économie. L’exemple le plus percutant que propose l’auteur est celui du Canada où, depuis quelques années, le discours est progressivement axé par le monde politique sur le remboursement de la dette nationale, aux dépens des autres enjeux. D’autre part, la classe dominante tente également de diriger le discours. Or, et ici les exemples ne manquent pas, il est très difficile de doser la portée des interventions des différents éléments de la société. Si le plus souvent l’exagération est de mise lorsqu’il s’agit de rediriger le discours, comme a pu le démontrer le passage, en Occident, de la tendance progressiste et collective vers le parti-pris conservateur et individualiste, cette approche peut susciter de dangereux dérapages. Évidemment, la conjoncture, qui échappe en bonne partie au contrôle de la classe dirigeante, joue pour beaucoup dans le changement de cap des valeurs embrassées par les collectivités. Alors que, tout au long de la décennie 1980, les élites occidentales ont entamé le coup de barre, la désaffection populaire à l’égard de la « gauche » a en quelque sorte emballé le discours conservateur. Désormais, par un effet de retour de balancier décuplé, l’expérience individuelle, génératrice de la réalité collective, oscille de plus en plus près de l’extrême droite. L’oeuf fécond risque à tout moment de donner naissance à une nouvelle forme d’État totalitaire.


 – François Cara – 318 p. – 1998 – Essai étoffé et admirablement documenté qui s’affranchit totalement du jargon élitiste et universitaire.

L'âge Anglade II




La cheuffe du Parti libéral du Québec (PLiQ), Mme Dominique Anglade déplore le «recul des femmes». Venant d'une personne qui, en tant que femme et leader politique, peut aspirer au poste de premier ministre, il est tout de même douteux de considérer cela comme un «recul», tout au moins sur le plan symbolique.


Il est vrai qu'une hirondelle ne fait pas le printemps et que l'avènement d'une parvenue ne signifie nullement que les chances sont égales pour toutes.


Il est encore plus vrai que, compte tenu du bilan de sa formation politique au fil des décennies, Mme Anglade, en faisant allusion à un recul, évoquait peut-être davantage le repli que consisterait un retour au pouvoir du PLiQ.



lundi 26 septembre 2022

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Moi, c’est Latran, Pauline !


Il s’agit en fait d’un essai autobiographique écrit par Pauline Latran, cette grande dame du monde journalistique, qui a marqué la seconde moitié du siècle. À une époque, intime et confidente des dirigeants des deux côtés du rideau de fer, elle a su, par sa rigueur et son honnêteté, gagner la confiance des grands de ce monde, tout en demeurant au contact des plus humbles. Femme de lettres d’abord et avant tout, « plus que de chiffres » dira-t-elle un jour, elle s’est d’abord fait connaître en France aux moments les plus cruciaux de l’immédiat après-guerre. Femme de principes autant que de contraste, Pauline Latran, communiste de la première heure, appuyait malgré tout, par ses écrits, les politiques gaullistes afin de lutter plus efficacement contre l’impérialisme tant américain que soviétique, et de réformer la « quatrième [république] qui s’engage comme la troisième ». D’origine bourgeoise, elle a toujours échappé aux influences jacobines et centralisatrices de la France républicaine. Son père étant verrier à Provins, elle s’est très rapidement familiarisée avec le monde des affaires, pour lequel elle n’a jamais ressenti de profondes affinités, tandis qu’elle entamait des études littéraires. Celles-ci ayant été interrompues par la guerre, puis par l’Occupation, Pauline Latran a alors engagé son cheminement politique de façon très précoce. Membre de la France de la Résistance dès 1941, elle a réussi à s’imposer dans ce milieu tant par la clarté de son esprit que par la pertinence de ses écrits, toujours incisifs et cohérents. C’est dans le maquis qu’elle fait la connaissance du « camarade Renaud », ancien cadre du parti. Cette idylle avec Sébastien DuPeyre durera plus de dix ans. Cette décennie sera d’ailleurs cruciale pour la carrière journalistique de Pauline Latran, DuPeyre la fera entrer avec lui d’abord à L’Humanité, puis, toujours ensemble, ils s’affranchiront des politiques éditoriales pour devenir le couple de francs-tireurs le plus en vogue de la presse française. Leur rupture, au début des années 1960 incitera Mme Latran, alors âgée de trente-trois ans, à se tourner vers le journalisme international. De la construction du mur de Berlin à sa chute, en passant par toutes les grandes crises internationales, pas une revue sérieuse, en France ou à l’étranger, qui ne publie au moins un article de Pauline Latran. Encore active et décidée, elle rédige présentement une série d’articles sur la crise de l’ex-Yougoslavie avant de prendre une semi-retraite qu’elle partage aujourd’hui, ironiquement, avec son ami et amant d’autrefois Sébastien DuPeyre. Femme de parole et d’action, femme fidèle et engagée, « féminine alors qu’elle aurait dû être masculine », Pauline Latran profite de cet essai afin de régler de vieux comptes, dont plusieurs remontent maintenant à près d’un demi-siècle.


 – Pauline Latran – 314 p. – 1998 – Lucide et engagé, cet essai a connu deux ans de succès ininterrompu dans les librairies parisiennes.

dimanche 25 septembre 2022

Habeas encore plus

 

L'article ici (anglais seulement [comme ça, on sait que c'est bien meilleur])



La notion moderne de l'habeas corpus, cette liberté fondamentale interdisant la détention arbitraire d'une personne, trouve son origine en Angleterre, au Moyen-Âge.


C'est amusant de constater que, au XXIe siècle, les valeurs dont les Britanniques sont si fiers ont commencé à reculer sensiblement. En effet, lors des événements entourant les funérailles de l'ancienne monarque, il s'est trouvé des individus dans le pays qui ont houspillé la couronne, allant dans certains cas à remettre en question son existence.


Inutile de préciser que, contrairement à ce qui arrive à certains prédateurs sexuels reconnus dans ce pays, les arrestations n'ont pas tardé à mettre derrière les barreaux les contestataires aux penchants républicains.


À entendre leurs laudateurs, les valeurs de l'anglosphère sont toujours plus anciennes, plus égalitaires et plus respectueuses des droits de la personne que toutes les autres. L'avantage, dans cette situation, c'est qu'on peut alors les fouler aux pieds avec bonne conscience.





samedi 24 septembre 2022

Ça lui servira de leçon!

 


Calme la Harris

 



Comme si ce qui se passe en Ukraine ne suffisait pas, les Stazunis ont décidé de provoquer aussi la Chine.


On n'est pas sans savoir que l'économie chinoise s'accroît toujours, quoique plus lentement de nos jours, et que, en conséquence, l'influence de Pékin s'étend. Les Yankees, pour leur part, conscients qu'ils ont entamé une phase de repli sur la scène internationale, tant sur les plans économique que politique, espèrent reprendre du poil de la bête grâce à leur puissance militaire.


Afin de faire fonctionner cette dernière au maximum, Washington a donc commencé une campagne de provocations à l'endroit des Chinois; pour ce faire il s'appuie sur ses alliés dans la région, soit Taiwan, la Corée du Sud et le Japon. Grâce à eux, et aux ressources militaires yankees, on espère enfermer l'empire du Milieu dans les mers de Chine orientale et méridionale.


Bref, le plan est tout simple et remonte aux origines de la diplomatie armée, c'est-à-dire à l'âge du bronze: faire sortir l'adversaire de ses gonds afin de le remettre à sa place avec quelques ecchymoses en prime.


Le problème, c'est que nous ne sommes plus à l'âge du bronze, mais à celui de l'atome.


vendredi 23 septembre 2022

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Le ministère demeure entier


Intéressante étude sociopolitique portant sur l’organisation des gouvernements occidentaux. L’auteur, à la suite d’enquêtes menées des deux côtés de l’Atlantique auprès d’échantillons représentatifs, s’est intéressé à la conception que les gens ont de leur propre système gouvernemental. Ses conclusions lui ont permis de constater que la plupart des gens en Occident établissent une dualité au sein des appareils administratifs suivant que les ministères sont ou bien « productifs » ou bien « improductifs ». C’est-à-dire qu’ils contribuent à créer de la valeur ou non. Ainsi, pour la quasi-totalité des répondants, le ministère des Finances compte au nombre des ministères « productifs », tandis, par exemple, que le ministère de la Culture se trouve parmi les administrations « improductives ». Dans l’imaginaire collectif, en effet, la performance d’une administration, et donc sa productivité, s’évalue simplement selon que cette dernière produit ou absorbe des fonds publics. Il semble que la population n’ait qu’une conscience diffuse qu’aucune administration publique ne produit effectivement de richesse, sinon, souligne l’auteur, il y a belle lurette que le fisc n’aurait plus besoin de vider nos poches. Statistiques à l’appui, il démontre que, en moyenne en Occident, ce sont les ministères dits « productifs » qui se retrouvent le plus souvent au milieu de controverses ou de scandales au sujet de prévarications ou de gaspillage des fonds publics. L’explication, selon lui, est simple. Les ministères dits « improductifs », de par la défaveur dont ils souffrent, n’ont pas d’autre recours que de pratiquer une transparence exemplaire. À l’inverse, les ministères dits « productifs », comme celui de la Justice, par exemple, n’ayant pas à calmer la méfiance populaire, sont beaucoup plus libres d’agir à leur guise. De même, la rigueur avec laquelle les dépenses sont allouées n’est pas toujours au-dessus de tout reproche. En faisant appel aux rapports idoines dans les États où ils sont disponibles, l’auteur a démontré que, dans une proportion assez alarmante, ce sont les ministères « productifs » qui présentent les dépenses les plus élevées, toutes proportions gardées. Mauvaise administration, laxisme dans les allocations budgétaires et combien d’autres fautes encore, ce sont malgré tout les ministères les plus délinquants qui subissent le moins les foudres des vérificateurs ou de la justice (le ministère de la Justice étant, en moyenne, l’un des plus somptuaires en Occident). Quoi qu’il en soit des procédures administratives, et quelle que soit la gravité de la faute au sein d’un ministère, il n’en demeure pas moins que les sanctions sont rares et, en général, bénignes. En ce sens, le ministère reste entier.


 – Louis Lawu – 216 p. – 1990 – Démographe de formation, l’auteur s’est intéressé assez tôt à l’économie politique. Depuis qu’il a délaissé l’enseignement, il s’est consacré à demi temps à l’écriture. Il est également consultant auprès d’une firme d’ingénieurs.


mercredi 21 septembre 2022

M. Zelens qui voit l'avenir




 * http://buffetcomplet.blogspot.com/2022/01/ukraignos.html

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Mammaire loi


Comme au sein du règne animal, les dimensions et volumes des organes constituent des moyens d’expression privilégiés qui permettent d’établir une hiérarchie sociale ou la prééminence au moment de la reproduction. L’être humain, malgré ses siècles d’évolution, n’a pas encore réussi à faire abstraction de ses antécédents primaires, bien au contraire. C’est dans le domaine de la publicité, là où les vendeurs utilisent le plus les réponses instinctives, que le phénomène est surtout apparent. En effet, la place faite à certains attributs physiques est déterminante dans la mise en marché des produits. Il importe assez peu, d’ailleurs, de savoir à qui ces derniers peuvent être destinés, l’étalage de jeunes femmes aguichantes et plantureuses est une loi incontournable. La force des stimulus visuels, telle une volumineuse poitrine, est même utilisée dans d’autres domaines où la séduction du public joue un rôle prépondérant. Le cinéma et la télévision, pour ne nommer que ceux-là, en donnent tous les jours des exemples patents. Le volume de la poitrine chez la femme est donc chargé d’une symbolique extrêmement puissante, qui transcende totalement le « rôle » de ces organes sur le plan physique. Mais la réponse instinctuelle ne se limite pas, et de loin, au domaine du marketing de masse. Dans la vie de tous les jours, la chose se vérifie, à tel point que, maintenant, des femmes de plus en plus jeunes n’hésitent plus, en Amérique et en Europe, à utiliser les ressources de la chirurgie esthétique afin d’acquérir les « déclencheurs » qui assurent un statut certain à celle qui les possède. Cependant, cette dépendance aveugle envers des mécanismes qui, dans la nature tout au moins, peuvent présenter des avantages n’est pas sans risque. Si les animaux ont su développer ce genre de réponse afin de faciliter leur survie, les êtres humains n’appartiennent plus de la même façon au règne animal. L’exacerbation des instincts au sein de nos sociétés, au détriment de l’intellect et de la rationalité, comporte un risque certain sur le plan de l’évolution. Les avancées technologiques s’accélèrent alors que les progrès de l’intellect ne peuvent progresser plus rapidement qu’au rythme fixé par les siècles d’évolution. Alors que les avancées de la science facilitent la vie comme jamais auparavant, l’humain risque aujourd’hui de se reposer sur la technique afin de lui éviter, sur le plan collectif, d’avoir à poursuivre son développement intellectuel. Risquant désormais de devenir esclave de ses pulsions, maintenant qu’elles peuvent être gratifiées instantanément, il risque de demeurer définitivement dans un état éternellement transitoire de stase évolutive.


 – Amanda Mayre – 386 p. – 1990 – Cet essai abondamment documenté, au point où le lecteur pourrait se croire en présence d’un rapport de recherche, a été rédigé avec une maîtrise et un sens du rythme qui garantissent une lecture passionnante et fascinante.


mardi 20 septembre 2022

Qui?



En effet, quel être méprisable oserait faire une chose pareille, je vous le demande un peu?






 


NDLR: Veuillez noter que cette caricature n'est en fait rien de moins qu'un vibrant hommage à l'endroit de l'ancienne monarque britannique et la preuve de mon plus profond respect à son endroit, comme l'a si bien expliqué le caricaturiste Boris, il y a peu.





lundi 19 septembre 2022

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Leur hache


Longtemps au centre du discours dominant, la notion de l’action dynamique est en passe d’être reléguée aux oubliettes dans le contexte contemporain. De moins en moins, les gens sont-ils responsabilisés et sommés de prendre leur destinée en main. Au contraire, les sociétés contemporaines tendent plus régulièrement à occuper l’espace de l’action afin d’évacuer du champ des compétences dites « collectives » les initiatives incontrôlables des particuliers. Ce défaut, longtemps reproché aux systèmes socialistes de tout acabit, et en particulier au modèle français, est en passe de devenir une fondation du contrat social. Contrairement à la philosophie et aux aspirations des principes démocratiques, le citoyen est de plus en plus dépouillé de sa capacité à agir et, ainsi, de toute forme de véritable pouvoir. Là où le bât blesse le plus, c’est que cette impuissance à agir, par une sorte de phénomène de capillarité sociale, s’infiltre progressivement aux échelons les plus élevés de la société. Cette réduction du nombre des décideurs-acteurs, c’est-à-dire ceux et celles qui ont les moyens d’agir sur la réalité contemporaine, fait en sorte que, accaparés par ailleurs, ils n’ont pas le temps strictement nécessaire de faire face à toutes les exigences complexes de la société où ils sont présents. Ainsi, il s’en dégage, dans les faits, une incapacité à agir face aux problèmes. Ces derniers, dont l’accumulation s’accélère à mesure que se développent les technologies nouvelles, sont le plus souvent laissés en plan dans l’espoir fallacieux qu’ils se règlent d’eux-mêmes ou qu’ils disparaissent comme par enchantement. À la limite, les grands enjeux contemporains, comme la question des pluies acides en Amérique du Nord, la gestion des déchets nucléaires en Europe de l’Est ou celui de la surpopulation en Asie, sont tout simplement balayés sous le tapis. Ainsi, ces graves questions, en particulier sur le plan de l’environnement, deviennent, à cause de la procrastination des gens en place, de plus en plus aiguës. Malgré les efforts déployés afin de déposséder les masses de la volonté d’agir, est-il encore possible que celles-ci en viennent à prendre les choses en main ? Si c’est le cas, l’auteur est formel : ce type de changement populaire, la plupart du temps anarchique et démesuré, risque d’entraîner plus d’effets indésirables que d’apporter de solutions durables, tant sera grande la tentation de trancher les questions à coups de hache. À l’appui de son argumentation, l’auteur présente d’ailleurs quantité d’exemples qui, depuis la Révolution française jusqu’à la Révolution chinoise, ont démontré à quel point les initiatives populaires sont particulièrement dangereuses pour les intérêts individuels.


 – Guy Baule – 300 p. – 1992 – Cet essai didactique a valu à son auteur le prix Fortune aux États-Unis. Il s’agissait de la première fois où cette reconnaissance prestigieuse était accordée à un ouvrage rédigé en une autre langue que l’anglais.


dimanche 18 septembre 2022

Montréal vue du sol

 


samedi 17 septembre 2022

La brave petite



Le décès d'Elizabeth Deux fut fort opportun pour le Royaume-Uni. En effet, le pays vient de se doter d'un nouveau premier ministre en la personne de Mme Liz Truss, ce qui est toujours un moment d'instabilité sur le plan politique, surtout si l'on tient compte des conditions qui ont contraint son prédécesseur à la démission.


En outre, les sanctions que les Britanniques ont imposées à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine ont fait grimper le coût de la vie. À tel point qu'une grogne palpable agitait la nation britannique et que les élites commençaient à exprimer leur inquiétude.


Tout cela sans compter les éternels problèmes inhérents au Brexit, en particulier la question de l'Irlande du Nord et les relations commerciales avec le continent.


Bref, le Royaume-Uni s'apprêtait à faire face à une triple crise, à la fois politique, sociale et économique.


Fort opportunément, la souveraine décida, dans un ultime don de sa personne, de passer de vie à trépas, mettant du même coup de côté, tout au moins pour un temps, les tensions qui promettaient un automne difficile pour le gouvernement. 


C'est ainsi que l'on a vu des files d'attente interminables s'étirer afin de rendre hommage à la souveraine dont la dépouille fut exposée en chapelle ardente. Cela fit que, aujourd'hui, les autorités ont demandé à la population de ne pas aller sur place, à Westminster Hall, afin de rendre hommage à la défunte.


À défaut de s'être sacrifiée pour son peuple, Elizabeth se sera sacrifiée pour ces élites financières auxquelles elle appartenait corps et âme, contribuant ainsi au système socioéconomique qui l'a maintenue sur son trône douillet pendant sept décennies.


Et elle n'avait même pas dérangé les gens pour se faire élire.


Brave petite.





* Il n'en a pas vu non plus au bureau des passeports.


 

vendredi 16 septembre 2022

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Jamais les morons ne m’auront


Il s’agit d’un essai critique de toute la société contemporaine qui, avec la disparition de ses derniers projets collectifs, plus ou moins liés à l’idéal social-démocratique, s’est enfoncée dans ce que l’auteur appelle la « médiocrité symbolique ». D’entrée de jeu, il met en évidence les nouvelles valeurs de la société postindustrielle, tant au Québec qu’ailleurs en Occident, et, en les poussant à leur logique ultime, prouve par son analyse qu’elles sont littéralement nivelées par le bas. Il ne s’agit pas pour autant d’un essai à strictement parler politique, car l’auteur applique son modèle tant au monde du sport qu’à celui des arts, et en arrive essentiellement aux mêmes résultats. Dans cet affaiblissement général des référents collectifs où l’être humain ne se voit plus offrir qu’une réalité vide et insipide, préfabriquée afin de répondre à des canons la plupart du temps fortement influencés par l’impérialisme culturel états-unien, l’être humain est condamné à une dégénérescence intellectuelle à peu près inévitable. En effet, de moins en moins la société cherche-t-elle à élever le niveau intellectuel de la population. Le retrait étatique de la plupart des champs culturels, la compression des enveloppes budgétaires consacrées à l’éducation, le peu de ressources réservées aux artistes créateurs n’en sont que quelques manifestations tangibles. À travers la philosophie libérale prônée depuis la fin des idéaux socialisants, c’est toute la mise en tutelle de l’imaginaire qui apparaît en filigrane. Ainsi, la population privée des stimuli nécessaires à une élévation des grands débats collectifs se voit de plus en plus dépendante de ses leaders d’opinion, lesquels lui sont également imposés, tout comme les schèmes de pensée qui deviennent les référents illusoires, et transitoires, des prises de position collectives. Dans cette optique à la limite de la non-existence intellectuelle, de nouveaux intervenants prennent le devant de la scène dans tous les champs d’activité. Qu’il s’agisse du domaine économique, social ou artistique, les nouveaux porte-parole sont sélectionnés uniquement en fonction de leur adhésion aux valeurs mises de l’avant par la « médiocrité symbolique ». À la fois sanctionnés par une espèce d’« imprimatur » nouveau genre, et consolidateurs du nivellement par le bas, ils évacuent et ridiculisent tous les discours alternatifs qui peuvent, d’une manière ou d’une autre, remettre en question le discours dominant. Si, dans certains milieux, la contestation n’est pas encore morte, ces milieux, isolés sciemment par l’ensemble des soi-disant experts, se retrouvent acculés à une sorte d’élitisme qui les coupe des contacts avec l’ensemble de la communauté où elles évoluent. 


– Laurent Daulnay – 220 p. – 1989 – Érudit ayant participé à tous les grands débats sociaux qui ont marqué le Québec depuis les années 1960, l’auteur livre ici en quelque sorte son testament moral, qui ne manquera pas de devenir une pièce d’anthologie.