jeudi 20 octobre 2022
mercredi 19 octobre 2022
Les Thomas* wokes
* Selon les Évangiles, Thomas est l'apôtre incrédule, un peu comme ceux qui se prétendent souverainistes et qui n'y croient pas.
Catalogue
L’acquisition espagnole
En Espagne sous le régime de Franco, une panne d’électricité extrêmement inopportune oblige un magasin à rayons de la capitale à fermer ses portes avant l’heure normale. Cependant, les propriétaires ont oublié quelques personnes sur les lieux. À tâtons, les personnages font leur apparition sur scène tandis qu’ils arrivent au rayon des meubles. Deux d’entre eux, des ouvriers, ont apporté des lampes dont ils se servent normalement dans le cadre de leurs fonctions, alors qu’ils doivent ramper à l’intérieur des chaudières de fonderies afin de les nettoyer. Ce maigre éclairage rassemble une dizaine de personnes de tout acabit : un couple de bourgeois visiblement à l’aise, des grisettes, des fonctionnaires et des ouvriers. N’osant pas retourner s’aventurer dans le magasin en pleine obscurité, ils décident d’attendre au rayon des meubles que finisse la nuit et que le personnel les laisse sortir au matin. Il s’établit alors au sein de ce groupe disparate d’étranges alliances et de non moins surprenants conflits où les amitiés se nouent et se dissolvent à une cadence effrénée. Car, tandis qu’ils tombent d’accord sur la nécessité de rester ensemble jusqu’au lendemain, il n’en va pas aussi facilement lorsqu’il s’agit d’organiser cette nuit improvisée. Si les ouvriers acceptent sans trop de difficulté de partager les reliefs de leur casse-croûte, la bonne entente s’effrite quand vient le temps de se répartir les lits et divans en montre. En effet, la quantité restreinte de mobilier oblige les naufragés de la nuit à trouver des accommodements : certains pourront dormir seuls, mais les autres devront se résoudre à coucher avec un étranger. Devant l’impossible solution, les femmes demandent aux hommes de faire preuve de galanterie, ce qui ne remporte pas davantage l’adhésion. Enfin, les hommes décident de répartir équitablement les lits en deux groupes et de laisser chaque sexe décider pour lui-même de la répartition. Alors que les protagonistes se préparent à dormir, les femmes soulèvent un problème supplémentaire : il n’y a pas assez de draps pour tous. Alors que la solution paraît simple, les ouvriers et les ouvrières s’insurgent contre l’idée de piller le magasin alors que tous peuvent facilement passer une nuit sans draps. Le ton monte jusqu’à ce que la discussion échappe à tout contrôle. L’un des mieux nantis, sous prétexte de clore la discussion en éteignant, renverse malencontreusement une des lampes, entraînant un incendie meurtrier.
– Ines Lattre – 166 p. – 1990 – Cette pièce, longtemps frappée d’interdit en Espagne franquiste, se veut une critique décapante des abus de la dictature. Tombée dans l’oubli depuis la mort du Caudillo, elle a été redécouverte dès le début des années 1980 par une nouvelle génération d’Espagnols pour laquelle elle revêt des allures de symbole. Elle a remporté la palme d’or au festival de théâtre de San Felipe.
mardi 18 octobre 2022
Le bien sélectif
On a appris dernièrement le décès du fondateur du Groupe Vidéotron, M. André Chagnon.
Il va sans dire que, en plus des condoléances à la famille, les éloges ont plu afin de souligner la contribution du disparu au monde de la télédiffusion, entre autres.
La publication L'aut'journal a jugé à propos d'apporter quelques bémols dans ce concert uniforme d'éloges. Pour ce faire, il a publié un de ses anciens articles datant de 1993 dû à la plume de Léo-Paul Lauzon qui fut, entre autres, professeur de comptabilité à l'Université du Québec à Montréal.
Soulignons que l'article en question n'est pas tant une critique de M. Chagnon, lequel n'aura que profité d'une plus que généreuse manne, comme un reproche à l'endroit de l'extrême prodigalité des gouvernements et des institutions publiques – en particulier la Caisse de dépôt et placement du Québec – en faveur des capitalistes. Grâce à ladite manne, certaines sociétés peuvent se développer sans jamais avoir à risquer un sou de leurs avoirs.
Je vous recommande la lecture de l'article. Ce n'est pas très long et c'est exposé de façon simple et claire.
Personnellement, ce que j'en ai surtout retenu c'est que, la prochaine fois qu'un gouvernement vous dira qu'il n'a pas d'argent pour venir en aide à ses administrés, je saurai qu'il ment effrontément.
En fait, on dirait qu'il en a trop pour son propre bien; mais surtout pas pour le nôtre.
lundi 17 octobre 2022
Catalogue
Y a une césure, c’est sûr, avec la censure
Essai comparatif discutant des différences et contradictions entre les droits individuels et collectifs. Dans un premier temps, l’auteur exécute un tour d’horizon exhaustif des arguments venant à la défense des droits des individus et de ceux affirmant la prééminence de la société. En renvoyant ainsi dos à dos ces droits considérés, avec raison, dans nos sociétés comme fondamentaux, l’auteur remet en question quantités d’idées reçues qui, bien qu’apparemment allant de soi, possèdent en fait de profondes insuffisances et donnent lieu, dans la réalité de leur application, à des contradictions importantes. Ces contradictions prennent leurs racines dans les contraintes socioéconomiques sur lesquelles sont fondées nos sociétés et qui sont devenues le principal obstacle à notre épanouissement collectif. Qu’il s’agisse du rapport toujours difficile entre la sphère du patronat et celle des syndicats ou des lois régissant les divers aspects de l’activité économique ou des lois familiales, civiles ou criminelles, les constitutions occidentales, bien que refusant a priori d’établir en théorie une primauté entre l’individuel et le collectif, établissent, dans les faits, une discrimination. Cette discrimination, officieuse plutôt qu’officielle, profite généralement à la collectivité, selon les intérêts économiques en cause. L’auteur explique que les contradictions inhérentes à notre système socioéconomique font en sorte que les « droits collectifs » sont généralement rognés afin de défendre l’ordre établi. La seconde partie de l’ouvrage s’intéresse en particulier aux divers systèmes de censure existant dans le monde occidental et s’attache à en faire ressortir les traits communs, en particulier quant à la nature des décisions rendues, en s’appuyant sur certains exemples qui ont fait date sur la scène internationale, en particulier au cours des premiers cent ans du cinéma. Cette analyse en profondeur de ce que l’auteur appelle « le phénomène de la censure » en arrive à la conclusion que les mentalités, loin d’évoluer dans une perspective fonctionnaliste, oscillent en fait selon un cycle facilement détectable où les valeurs sont exclusivement décidées par l’élite dirigeante. Le seul impondérable dans ce modèle d’analyse demeure le rythme du changement dans l’adoption des valeurs dites nouvelles, quoique l’auteur suggère avec insistance que les moments de crise, telles les guerres, les récessions économiques, les périodes d’incertitude politique, par exemple, constituent des moments dans la vie des communautés où les valeurs se durcissent et où les droits individuels des classes dirigeantes prennent le pas sur les droits collectifs de la majorité.
– Roméo Julliet – 382 p. – 1989 – Véritable vitrine de notre société contemporaine, cet essai est une lecture obligatoire pour quiconque veut insérer la réalité actuelle au sein d’un modèle global et finement structuré. Érudit et diplomate avant d’être philosophe et écrivain, l’auteur nous présente ici bien plus une oeuvre littéraire qu’un essai critique.
dimanche 16 octobre 2022
vendredi 14 octobre 2022
Catalogue
La vodka du diable
Dans cet essai décapant, le professeur Mirtàn, éminent biochimiste de l’université de Bombay, fait le procès de la profonde hypocrisie des sociétés occidentales au chapitre des drogues. En effet, dans l’Ouest, le phénomène de la consommation des drogues représente un problème capital dont l’envergure dépasse de loin les simples questions de santé. Lorsqu’il s’agit de drogues dures, dont les effets néfastes sont universellement reconnus, la prise de position est compréhensible. Quoique, remarque l’auteur, les puissances occidentales n’ont pas hésité à prendre les armes afin d’imposer la consommation de l’opium en Asie. Mais lorsqu’il s’agit de drogues bénignes, la morale occidentale s’entête à rejeter du revers de la main toutes les drogues en bloc. Le professeur Mirtàn, dans un brillant exposé à saveur éminemment psychosociologique s’est penché sur la question afin de cerner les origines de cette prise de position si étonnante à ses yeux. Essentiellement, ses hypothèses sont axées autour de trois pôles (mind sets), qui ont forgé l’attitude de l’Occident envers les drogues. Ces trois concepts ont été nommés selon les notions qui les sous-tendent : l’impérialisme, l’acculturation et l’économie. Les attitudes de l’Occident sont tout d’abord impérialistes, car les drogues sont originaires de pays aujourd’hui en développement. Dans le contexte de ce rapport de force, la drogue a longtemps été la seule exportation d’importance à opposer à la mainmise économique des pays industriels. Sur le plan culturel, l’Ouest a toujours éprouvé une grande méfiance envers les produits étrangers, car il ne peut s’agir, dans les esprits chauvins, que de produits de qualité inférieure. Il en va de même des psychotropes en provenance de pays lointains. Enfin, sur le plan économique, le marché de la drogue est un véritable danger, car la montée de sa consommation représente une menace tangible pour les producteurs de boissons alcoolisées, lesquels se retrouvent surtout en Europe et en Amérique. En effet, l’alcool, une autre sorte de psychotrope, a connu une désaffection notable en Occident depuis l’introduction de certaines drogues, le chanvre indien notamment. Ainsi, dans un contexte de mondialisation des marchés, le tout-puissant lobby des producteurs de boissons alcoolisées, craignant pour ses actifs, exerce des pressions de plus en plus fortes sur les gouvernements afin de lutter contre le trafic de drogue. À cet effet, la lutte contre la drogue est plus acerbe aux États-Unis, le plus important exportateur mondial, en volume métrique, d’alcool éthylique.
– Sanjay Mirtàn – Première publication : 1991 sous le titre No Lack of Spirit – Traduit de l’anglo-indien par Janine Neely – 418 p. – 1993 – Polémiste renommé dans le réseau des universités, l’auteur, un ami personnel de Fidel Castro, a publié de nombreux ouvrages dénonçant le néo-impérialisme sous toutes ses formes.
jeudi 13 octobre 2022
mercredi 12 octobre 2022
Catalogue
Si j’étais Barjavel
Essai philosophique et humoristique portant sur le monde contemporain en utilisant comme critères de référence l’oeuvre du romancier de science-fiction René Barjavel. Si j’étais Barjavel commente les tendances actuelles des sociétés occidentales en gardant toujours à l’esprit l’épée de Damoclès que constitue le fameux Ravage de Barjavel. En s’inspirant des pérégrinations du Voyageur imprudent, l’auteur reconstitue la mosaïque des espoirs déçus de l’Occident qui ont été nourris au feu du second conflit mondial et dont aucun n’a été véritablement réalisé au cours du demi-siècle dont la fin coïncide avec celle du millénaire. En respectant le ton et l’humour très particuliers de Barjavel dans son livre Si j’étais Dieu, l’auteur s’occupe, dans un premier temps, de dénoncer les abus des sociétés néo-libérales échafaudées sur le dos des laissés pour compte. Son premier souci est de dépouiller leur épitaphe du préfixe « néo », car il réussit à démontrer que les ensembles supranationaux actuels se sont ingéniés à remodeler les structures socioéconomiques qui ont directement mené aux deux conflits mondiaux et dont le développement a été ralenti par l’apparition du socialisme tant en Europe qu’en Asie. Condamnant dans un même souffle le socialisme soviétique entaché de stalinisme, il propose en lieu et place une vision intégrante des rapports sociaux et économiques à saveur communiste et libertaire – et non libérale – tout en respectant les thèmes chers à Barjavel, soit le respect de l’individu, qui n’est rien d’autre que le ciment du consensus social. Le dernier chapitre mérite une attention toute particulière. Intitulé Le grand secret, d’après un des romans de Barjavel, il constitue une méditation particulièrement touchante sur la fragilité de la situation de l’humanité et une projection fascinante quant à sa destinée pour les siècles à venir. L’ensemble de Si j’étais Barjavel constitue en outre un émouvant hommage envers un des grands auteurs de la littérature francophone du XXe siècle, un contemporain des maux de cette période – Barjavel étant né en 1911 – et qui en fut jusqu’à sa mort un témoin privilégié dont les écrits ont été marqués par la même dualité qui a profondément marqué notre époque. Cet ouvrage, tour à tour optimiste et pessimiste, démonte avec une rigueur impeccable les mécanismes qui révèlent la courte vue et le manque de compétence des décideurs, en particulier ceux du secteur économique, ce qui, encore une fois, représente un des thèmes chers à Barjavel dans plusieurs de ses romans.
– Théobald Bussy – 204 p. – 1996 – Ouvrage à portée universelle, cet essai saura sans doute intéresser un très large public. Bienheureux seront les lecteurs de Barjavel, car ils goûteront en plus au fil des pages de savoureuses allusions à la prose de leur idole. Savamment structuré en fonction de la rigoureuse thématique de l’univers barjavien, cet essai mordant analyse sans complaisance les maux de notre société. Quoi qu’il arrive aux époques à venir, nous aurons été prévenus !
mardi 11 octobre 2022
lundi 10 octobre 2022
Faut voir…
On remarque de plus en plus que, en ces temps inflationnistes, le stress lié à la situation financière augmente grandement. En conséquence, quelqu'un a lancé l'idée que, dans le but de promouvoir une plus grande sérénité en milieu de travail, il serait de bon ton de prodiguer aux employés une formation en gestion des affaires.
Il paraît que les patrons en savent plus que tout le monde en la matière. On se demande alors comment il se fait que nous subissions constamment les contrecoups des crises économiques provoquées par leur gestion inepte. Qui de mieux, alors, pour nous expliquer comment administrer notre argent?
Vous croyez que les gens sont inquiets parce qu'ils ne savent pas claquer leur fric? Attendez de les voir claquer des dents quand ce seront les bourgeois qui le feront à leur place!
En attendant, le but de l'exercice, selon la version officielle des patrons, est «d'offrir de la formation à leurs employés afin qu'ils puissent y voir plus clair dans leurs affaires».
Ainsi, les employés ne seront pas tentés d'y voir plus clair dans les affaires de leurs patrons.
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Le rancart à balai
Le Québec, en tant qu’entité culturelle, possède des caractéristiques uniques qui lui sont propres. Depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, son évolution représente une expérience socioculturelle qui n’a pas son pareil. En effet, en retrait par rapport aux grands courants culturels nord-américains, il s’est également retrouvé coupé de ses origines culturelles. Ainsi, contraint d’évoluer par ses propres moyens, il a, malgré les contraintes, développé des normes et des valeurs particulières. C’est en s’inspirant de la problématique du mariage, et surtout de sa charge symbolique, que l’auteur met ainsi en évidence le « cas québécois », qui place le Québec dans une niche particulière au sein de l’ensemble culturel occidental. Jugeant à juste titre que la formation de la cellule de base de la société – la famille – est probablement le plus représentative des mécanismes de socialisation, c’est grâce à elle que le caractère particulier du Québec émerge le mieux. La Nouvelle-France a connu une mise en place assez curieuse des rapports unissant les hommes et les femmes. Aux premiers temps de la colonie, les femmes d’origine européenne, donc bonnes à marier aux yeux des autorités tant civiles qu’ecclésiastiques, ne constituaient qu’une infime portion de la population. La rareté étant un aspect incontournable de ce qui confère de la valeur, la mystique de la femme a crû de manière démesurée, dès les origines. En effet, étant donné que les nouvelles venues dans la colonie avaient, dans tous les sens du mot, l’embarras du choix, les colons qui souhaitaient fonder une famille n’avaient, pour toute alternative, que la voie de la soumission afin de conserver auprès d’eux la future mère de leurs enfants. Si le déséquilibre démographique a été amplement compensé par la suite, il n’en demeure pas moins que le prestige de la femme est demeuré à peu près intact dans la société québécoise jusqu’à aujourd’hui, témoignant ainsi de la pérennité des mythes fondateurs pour toute société humaine. Figure de proue de la transmission de la tradition et des valeurs, la femme a gardé jusqu’à la révolution industrielle des années 1920 une aura intacte. Effritée par la concentration de la population dans les villes, cette aura s’est définitivement brisée avec la Révolution tranquille et l’arrivée tardive du Québec en plein XXe siècle, avec près de soixante ans de retard sur le reste du monde occidental. L’image traditionnelle de la femme est cependant demeurée très vivante dans l’inconscient collectif et dans l’imagerie populaire. Au sein de la structure familiale, elle a toujours occupé un rôle prédominant, aux dépens de l’homme qui, pour sa part, s’est le plus souvent retrouvé marginalisé dans son identité.
– Éric Huppert – 300 p. – 1993 – Sociologue d’origine française, l’auteur a connu son premier contact avec le Québec en tant qu’étudiant. Devenu depuis « le plus québécois des Français », son talent d’auteur n’a d’égal que la justesse de ses analyses.
vendredi 7 octobre 2022
Catalogue
Le pléonasme redondant
Essai grammatical et syntaxique par un des critiques les plus ardents des « nouvelles » méthodes d’enseignement du français, et l’un des avocats les plus farouches de la soi-disant « réforme » de la grammaire. Avec sa verve coutumière, Thomas Grammecy s’attaque avec humour, mais sans se départir de son ton mordant et caustique, aux contradictions inhérentes aux règles de la langue de Molière. Il offre au lecteur un historique assez troublant des origines du français contemporain, depuis le latin et, surtout, le bas latin, en passant par la langue d’oc et celle d’oïl, sans oublier non plus la contribution déterminante du francien, ce dialecte de la région de l’Île-de-France et de l’Orléanais, qui a fini par supplanter tous les autres. Au passage, Grammecy nous livre quelques-uns des secrets les moins glorieux – et les moins bien gardés – de la langue, dont, entre autres, la manie des copistes qui, étant payés au nombre de lettres, n’hésitaient pas à « étoffer » certains termes en leur donnant une graphie ampoulée et, bien entendu, biscornue qui fait encore aujourd’hui le cauchemar des écoliers. Ou encore, les rivalités entre certaines écoles et certains monastères qui ont débordé dans le domaine de l’écrit et qui ont entraîné une floraison de graphies, ce qui a provoqué l’assainissement que proposa l’Académie française sous Colbert. Et que dire, insiste M. Grammecy, des initiatives plus que discutables de ces chers Immortels qu’il n’encense pas du tout, tant pour la lourdeur de leurs méthodes que pour leur incontournable sens de la complexité ? Par ailleurs, l’auteur s’applique à contester, à l’aide d’une dialectique irréprochable, le prétendu « génie de la langue », un concept qu’il qualifie de suranné et de supercherie. Grammecy démontre, preuves à l’appui, que, même en ce qui concerne les règles les plus élémentaires de sa grammaire, la langue française est le royaume de l’arbitraire et de « l’abus de savoir ». Ce que l’auteur reproche plus particulièrement à la langue, et à travers elle à ceux qui l’administrent et la gèrent, c’est la surabondance de concepts qui, en convergeant vers des points définis du protocole grammatical, entraînent de facto un recouvrement des aires régulatrices, ce qui rend beaucoup plus complexe le travail pédagogique et obscurcit a priori la compréhension de l’apprenant. Comme la grammaire française est truffée de ces recouvrements et de ces redondances qui viennent « saboter » la compréhension du tronc commun grammatical, l’auteur se demande en conclusion, si leur rôle n’est pas justement d’assurer la mainmise de ces prétendus spécialistes (linguistes, grammairiens, philologues, etc.) dont le rôle se limite finalement à garder la langue française en otage et à se l’approprier pour monnayer plus facilement leur « pouvoir d’expert », établissant par là un lien troublant avec les scribes d’autrefois.
– Thomas Grammecy – 512 p. – 1991 – Ancien collaborateur du regretté Maurice Grevis, avec lequel il n’était pas toujours en accord, l’auteur ne compte plus les essais qu’il a publiés dans le domaine, pas plus que ses colorées interventions publiques.
















