par le prof Skannen
Vous avez sans doute remarqué que l’époque présente est lancée dans une course aux armements. Un peu partout en Occident – et ailleurs – les arsenaux se remplissent. Les gouvernements restent fidèles à la vieille maxime: «Si tu veux la paix, prépare la guerre.» Le problème, c’est qu’ils oublient l’autre vieille maxime imputée, à tort ou à raison, au prince de Talleyrand: «On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus.» C’est vrai que, lorsque les arsenaux débordent, la tentation inévitablement porte à s’en servir.
Or, la production d’armes demeure une activité totalement stérile, surtout si on la compare à n’importe quelle autre. Investir de l’argent dans des services publics – chose qu’on ne fait plus guère – entraîne des bénéfices. L’entretien des routes ou des autres voies de communication aide aux échanges commerciaux; et s’il s’agit de transports en commun, cela épargne davantage l’environnement. Les bénéfices liés aux investissements en éducation et en santé n’ont pas besoin d’être démontrés. L’aide au logement, les contrôles relativement à la salubrité des aliments et de l’eau, les organismes visant à assurer la qualité des services publics et privés, entre autres, permettent d’améliorer la qualité de vie et assurent une amélioration des circuits économiques en même temps que l’accroissement de la richesse collective.
Les choses diffèrent drastiquement lorsqu’on aborde la question de la production militaire. On sait que les armes modernes comportent une importante composante de technologies de pointe. Qu’il s’agisse d’avions de combat, de drones, de canons, de chars d’assaut ou d’autres équipements soigneusement gardés sous le manteau, tous exigent maintenant des appareils informatiques hautement sophistiqués, et ce, en attendant que l’intelligence artificielle prenne le relais. Or, qu’arrive-t-il à ce matériel sophistiqué? Dans le meilleur des cas, il est entreposé quelque part et, au bout de trois ou quatre ans, il doit être remplacé afin rester en tête de la course aux armements et de celle de la technologie. Dans le pire des cas, il est détruit sur le champ de bataille en même temps que ceux et celles qui les utilisent. Bref, les armes demeurent une production totalement stérile sur le plan économique. Avec le temps, cette production dévore littéralement la richesse collective pour ne laisser dans son sillage que deux types de civils: les élites économiques et les prolétaires.
C’est pourquoi il serait infiniment plus profitable de produire, par exemple, des wagons de train, plutôt que des tanks. Fort heureusement, le Québec reste assez peu concerné par un tel dilemme. En effet, entre autres exemples, il ne faut pas oublier que le matériel roulant du Réseau express métropolitain (REM) n’a même pas été construit ici. Alors, des chars d’assaut…

















