vendredi 9 septembre 2022

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Gène acide


L’auteur, un éminent généticien, a transposé son savoir et son expérience sur le plan des sociétés humaines. L’apparition de la vie, contrairement à certains points de vue erronés, ne relève pas du hasard. Au contraire, la constitution du « matériel vivant » est le fruit d’une hiérarchisation extrêmement poussée dont toutes les subtilités commencent à peine à être remarquées par la science génétique. Essentiellement, et grossièrement schématisée, la vie tient à l’adjonction d’éléments en apparence disparates qui, par leur combinaison, permettent de passer à des niveaux supérieurs d’existence. Par exemple, l’hérédité, sur le plan de la reproduction de tous les animaux, passe par les gènes. Or, ces gènes sont le résultat d’une lente et patiente évolution. Formant les briques dont sont faits les chromosomes, ils possèdent eux-mêmes une structure plus complexe qu’il n’y paraît. Ils sont d’abord constitués de molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique), lesquelles se forment à partir de protéines. Ces protéines sont en retour constituées grâce aux acides aminés, lesquels sont obtenus en agglomérant, de manière précise, certaines molécules organiques. Ces dernières, enfin, sont constituées d’atomes, autrement dit de particules élémentaires, qui, dans leur état premier, ne forment que de la matière inerte. Or, les sociétés humaines ne sont pas dépourvues de ressemblance avec cette structuration du vivant. En fait, les parallèles qui s’établissent entre les deux sont trop nombreux pour ne pas attirer l’attention du philosophe. En effet, les sociétés humaines s’échafaudent suivant le même plan de complexité croissante en partant de l’individu comme unité de base – les atomes du modèle génétique – pour former des ensembles complexes où l’humanité tout entière constitue une sorte d’être vivant dont les composantes sont en constante interaction. Les amalgames, à des degrés divers, d’êtres humains forment les briques dont sont constituées les éléments de base du fameux village global. Ainsi, les individus s’unissent par paires pour former des familles, lesquelles se joignent en clans familiaux. Ces clans s’assemblent en communautés, lesquelles forment des sociétés organisées, puis des nations qui composent les cultures dont émergent les civilisations. L’interaction entre les diverses civilisations forme l’essentiel de l’expérience humaine où les conflits et la violence peuvent s’interpréter comme une mécanique interne où les organes constituent des cellules neuves à mesure que d’autres meurent. L’hypothèse de l’auteur, très provocante, veut que la véritable fertilité humaine ne soit pas individuelle. Sa capacité à transmettre les acquis aux générations à venir ne peut prendre son sens qu’à travers un projet collectif. Ainsi, l’expérience individuelle n’est jamais qu’une dangereuse illusion, alors que l’humain isolé n’est en définitive qu’un atome de matière inerte.


– Omar Mellahd – 704 p. – 1991 – Exposé captivant, convaincant et magistral.

jeudi 8 septembre 2022

Belle morale à Balmoral


 

mercredi 7 septembre 2022

Démocratie à la Kiev

 



Le gouvernement de Kiev a prévenu le monde que, s'il devait advenir des dommages importants à la fameuse centrale nucléaire de Zaporijjiya, laquelle est en fait située à Energodar, cela aurait des conséquences désastreuses bien au-delà de l'Ukraine. 


Soulignons tout de suite que nous sommes reconnaissants que ledit gouvernement consente à partager cette information vitale avec nous. En effet, depuis Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, on n'aurait jamais pu penser qu'une catastrophe nucléaire puisse avoir des conséquences délétères.


Rendons donc grâce à la sollicitude de Kiev pour sa prévenance. En effet, qu'adviendrait-il s'il fallait que, à la suite des nombreuses frappes d'artillerie, des dommages entraînent une fuite de radioactivité? À ce propos, on sait que Kiev et Moscou s'accusent mutuellement des bombardements autour de la centrale. Les médias et dirigeants occidentaux, pour leur part, hésitent quant à savoir qui, exactement, attaque ainsi une installation stratégique à haut risque pour le genre humain.


On sait également que ladite centrale est entre les mains des Russes. Alors qui tire des obus dans sa direction? Les Russes, qui aimeraient tuer leurs propres soldats, ou les Ukrainiens?


Personnellement, je pense que ces derniers estiment qu'ils n'ont plus rien à perdre. Ainsi, menacer la centrale est une bonne façon de faire du chantage aux dépens de leurs prétendus alliés afin que ceux-ci accroissent leur aide à la fois militaire, économique et diplomatique.


Les principes de la guerre sont donc entrés dans une nouvelle ère. Désormais, il n'est plus nécessaire d'avoir des moyens atomiques. Il suffit de faire sauter les installations nucléaires de l'ennemi. Comme ça, tout le monde déguste.


C'est très démocratique.


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La force fait l’Union


Stanislas Lebrodkin demeure le diplômé le plus célèbre de l’université de Bielgorod. Ses prises de position bien connues l’ont mis au ban des intellectuels pendant les derniers temps du pouvoir soviétique. Réfugié en France à la fin des années 1980, il a assisté à l’effondrement du socialisme en Europe de l’Est. Considéré également à l’Ouest comme un dissident pour ses opinions, il a dû, après un bref séjour aux États-Unis, trouver refuge au Canada où ses écrits et son enseignement continuent à embarrasser l’ordre établi. Son dernier ouvrage constitue un réquisitoire décapant à l’encontre du capitalisme sauvage. Lebrodkin esquisse une étude historique étonnante et analyse, chiffres à l’appui, la qualité de vie des travailleurs dans cinq des principaux pays de l’Occident, soit les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie. Avec une pondération nécessaire dans le cas de l’Allemagne, qui a dû se relever de deux terribles défaites militaires, Lebrodkin démontre que les conditions de vie des plus défavorisés des pays capitalistes se sont effectivement grandement améliorées depuis le début du siècle à venir jusqu’à tout récemment. Au cours des années 1990, les contraintes de l’économie globale voient le pouvoir d’achat de la plupart des classes moyennes et inférieures se réduire. Au-delà des fluctuations du marché, que Lebrodkin relativise en fonction des cycles normaux de l’économie capitaliste, il pose la question suivante : quel a été le facteur déterminant qui a amené la classe des possédants à accepter un plus juste partage de la richesse ? La réponse de Lebrodkin en surprendra plusieurs. Certes, l’un des avantages d’un pouvoir d’achat accru se situe dans la capacité de consommation plus grande, générant ainsi des profits plus élevés. Mais Lebrodkin explique que la marge de profits peut être accrue sans obligatoirement augmenter l’éventail de produits de consommation disponibles, et donc, sans nécessairement augmenter les revenus des travailleurs. Il insiste sur le fait qu’avant la Grande Guerre, les revendications des masses laborieuses étaient universellement ignorées, quand elles n’étaient pas sauvagement réprimées. Le mécanisme déclencheur, selon Lebrodkin, a été la naissance du pouvoir soviétique et l’attrait qu’il pouvait représenter aux yeux des travailleurs. L’économie libérale devait, dans le cadre élargi de la guerre froide, prouver que les travailleurs n’avaient pas à recourir à la révolution pour améliorer leurs conditions d’existence. Ainsi, autant pour triompher sur le plan de la doctrine que pour assurer la paix sociale, les capitalistes occidentaux ont accepté de partager un peu plus équitablement la richesse. Cette nécessité s’étant évanouie, les conditions de vie des travailleurs ont recommencé à se dégrader partout dans le monde.


 – Stanislas Lebrodkin – 208 p. – 1997 – Diplômé de l’université de Bielgorod en mathématiques et en macro-économie, Stanislas Lebrodkin, un ami intime de Noel Chomky, enseigne à l’université du sud de l’Alberta.

mardi 6 septembre 2022

Et cas anomie




Rien de tel qu'une bonne inflation, ou récession, ou dépression, ou une crise quelconque, ou même une guerre bien meurtrière pour que l'économie se porte bien.


C'est rassurant, quand même.


Et Liz à bête


 

lundi 5 septembre 2022

Point cardinal



 

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Le fantasme, hein ?


Traité de sexologie à saveur humoristique où le docteur Rich Hess étudie soigneusement, avec preuves à l’appui, les fantasmes sexuels masculins et féminins. Sa recherche, étalée sur plusieurs années, lui a permis de dresser une taxonomie détaillée des thèmes se rattachant aux fantasmes de l’un et l’autre sexe, tout au moins les plus fréquemment mentionnés lors des entrevues qu’il a menées des deux côtés de l’Atlantique et qu’il considère, par le fait même, universelles, pourvu que la culture occidentale soit concernée. À partir de cette mine d’information, il se livre à une étude de contenu exhaustive ne visant rien de moins qu’à faire ressortir des constantes. Enfin, compte tenu des résultats auxquels il arrive, il dresse, en suivant en cela les dernières découvertes de la psychanalyse, la « carte comportementale » non plus d’une personne, comme cela est généralement le cas pour cette discipline, mais d’un sexe tout entier. Conscient des limites, Hess rassure ses lecteurs d’entrée de jeu à savoir que cette démarche, tout expérimentale, n’offre pas les garanties que l’on attend obligatoirement d’autres types de recherches plus sérieuses. Cependant, et malgré les réserves qu’il signale, il dresse un tableau de la psyché masculine et féminine qui offre quand même un aperçu doux-amer de ce que les hommes et les femmes attendent les uns des autres, le tout traité sur un ton humoristique qui évite soigneusement de prendre parti dans ce qui est convenu de nommer « la guerre des sexes ». Au terme de son analyse, Hess propose que le fantasme masculin dominant est fondé sur le « pouvoir extérieur ». En d’autres termes, l’homme est fasciné par l’action que son pouvoir peut exercer en dehors de son territoire personnel, alors que le mâle de l’espèce cherche à s’imposer à son entourage. À l’opposé, le fantasme féminin est celui du « pouvoir intérieur », alors que la femme est plutôt portée à assurer sa domination à l’intérieur de son territoire, qu’il soit personnel ou social. Hess, qui est avant toute chose anthropologue, explique alors que, advenant que les résultats de cette recherche soient scientifiquement exacts, ils expliqueraient en grande partie deux des réalités les plus intrigantes appartenant à l’espèce humaine. D’une part, cette complémentarité évidente entre les sexes aurait ainsi facilement garanti non seulement la survie des groupes humains, mais également leur expansion démesurée aux dépens des autres espèces. D’autre part, cette divergence dans les aires d’application des pouvoirs respectifs des deux sexes aurait inévitablement créé une pression indue sur les capacités communicationnelles et cognitives cherchant à établir des liens par-delà la barrière sexuelle et aurait ainsi mené à l’état de conflit endémique qui renvoie perpétuellement dos à dos hommes et femmes.


 – Rich Hess – Première publication : 1989 sous le titre Sex so fun ? – Traduit de l’américain par Janine Neely – 608 p. – 1991 – Essai satirique davantage que rapport d’étude scientifique, cette oeuvre a au moins le mérite, sinon de faire oublier la guerre des sexes, tout au moins d’en apprécier l’aspect hautement humoristique.

dimanche 4 septembre 2022

Tout cet amour qui m'anime



Oui, oui, je sais: il y a une campagne électorale qui bat son plein, aussi serait-il plus approprié d'en parler, plutôt que de revenir sur de l'actualité périmée. Mais j'arrive de vacances et, étant en plein rattrapage, je me remets à jour en ordre chronologique.


Est-ce que le nom de Jacques Goldstyn vous dit quelque chose? Non? Alors, peut-être connaissez-vous son nom de plume Boris? Non plus? C'est que vous n'êtes pas un lecteur du quotidien montréalais Ze Gazette.


Le 30 août dernier, cette vénérable publication a affiché une caricature dudit Boris montrant un chien, tenu en laisse par une vieille dame à l'orientation politique indéfinie, urinant – le chien pas la vieille dame – sur une affiche soulignant le centenaire de la naissance de René Lévesque.


La chose a soulevé une certaine controverse, car des esprits étroits ont compris le message sous-jacent tout de travers. Comme l'a expliqué l'auteur du dessin, cela représentait l'admiration de l'artiste envers la mémoire de M. Lévesque et tout le respect qu'il lui manifestait en son for intérieur. Et, à travers lui, sans doute tous les francophones du Québec. Des choses que j'avais comprises, bien évidemment, dès le premier coup d'œil.


Tous ne bénéficient pas de la même acuité intellectuelle que moi-même ou que ce cher Boris. Les gens sont trop enclins à prendre les choses au pied de la lettre et peinent à saisir le second degré d'une œuvre picturale ou d'un texte. Tenez, autre exemple, quand je parle au quotidien des «estis de blokes sales», c'est pour exprimer tout le respect et toute l'admiration que j'éprouve à l'endroit de mes concitoyens de langue anglaise.


Et j'irais même jusqu'à dire que ce serait un honneur insigne pour moi de prouver ce profond amour qui m'anime en urinant longtemps sur leur drapeau. 


vendredi 2 septembre 2022

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L’éther sauvage


Ayant fait l’objet d’une injonction du Collège des médecins quelques mois avant sa parution, l’ouvrage dénonce avec une rare virulence le chantage éhonté et la prise en otage effective de toute la population québécoise. L’auteure, elle-même médecin généraliste, brosse dans un premier temps un historique brillamment documenté qui illustre les progrès du « pouvoir blanc ». D’abord simples leaders d’opinion avant la Révolution tranquille, les médecins occupaient une position sociale prépondérante auprès des populations rurales ou fraîchement urbanisées. Cependant, la réforme de la structure des soins de santé au début des années 1960 et la mise sur pied du programme d’assurance maladie ont donné aux médecins un énorme pouvoir. L’auteure note, non sans ironie, que les médecins se sont battus avec acharnement contre l’institution de l’assurance maladie, invoquant, entre autres, l’ingérence inqualifiable de l’État dans les affaires privées. Ils furent néanmoins prompts à reconnaître – et à capitaliser, dans tous les sens du mot ! – les avantages que cette nouvelle donne politico-sociale leur conférait. Existant déjà en tant que corps professionnel, les réformes leur ont apporté en outre une structure homogène permettant de les mobiliser en moins de quelques heures. Ainsi, que ce soit afin d’exercer des pressions sur les diverses administrations locales, régionales ou provinciales, ou que ce soit afin d’extorquer des concessions monétaires ou des privilèges de toutes sortes, les médecins ont toujours exercé une espèce de cinquième pouvoir sitôt leur mainmise sur les services de santé confirmée à l’échelle de la Province. Désormais constitués en une espèce de phratrie toute-puissante au sein de l’administration provinciale, ils sont à même de dicter leurs conditions à l’État, et à la population. Affranchis de toute conception démocratique, ils exigent, et obtiennent, un peu plus à chaque confrontation avec leur employeur. Qu’il s’agisse des subventions aux études des futurs médecins, des allégements à la tâche ou des assignations en région, ils demeurent, à l’intérieur de leur tour d’ivoire, des intouchables auxquels tout est dû sans partage. Ainsi, toute la population, et avec elle son avenir, se retrouve entre les mains d’individus sans scrupules qui, au nom de la santé publique et du mieux-être collectif, décident dans l’arbitraire des politiques actuelles et futures, n’hésitant jamais à hypothéquer l’avenir. L’insolence des « sauvages de l’éther » est poussée à un tel point qu’ils n’hésitent pas à passer de la menace à l’acte et d’aller faire carrière outre-frontière au nom d’une liberté qui leur est soi-disant refusée dans la Province qui a payé presque intégralement leur onéreuse formation.


 – Rebecca Caouette – 416 p. – 1995 – Mise au ban de sa profession, l’auteure a dû, ironiquement, s’exiler afin de terminer sa carrière à l’abri des polémiques et des tracasseries. Revenue depuis peu au Québec, elle a repris le flambeau de la contestation avec énergie.


mercredi 31 août 2022

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L’emprunt digital


Marx mentionnait la notion de mondialisation des marchés dans le Capital, ouvrage marquant paru en 1871. Cette conception de la mondialisation des marchés était fondée sur l’accès des puissances industrielles (l’Europe occidentale, les États-Unis et, dans une moindre mesure à cette époque, le Japon) à des débouchés commerciaux. Ce qui a changé au cours des dernières décennies est la rencontre du capitalisme, axé sur le secteur tertiaire au sein des puissances industrielles, et des nouvelles technologies de communication. Il est faux, selon l’auteur, de prétendre que les échanges commerciaux ont connu une mutation profonde au cours des dernières années. Avant que les technologies de transport n’arrivent à déplacer, de façon économique, les produits d’un continent à l’autre, et ce, en quelques instants, les échanges commerciaux resteront à peu près ce qu’ils étaient à l’époque de la machine à vapeur. Ce qui a connu une profonde mutation en l’espace d’une génération, et que l’on a abusivement étiqueté « mondialisation des marchés », est un processus tout autre. Il ne s’agit pas des produits du capitalisme, mais bien du capital lui-même qui s’est mondialisé. Ainsi, la numérisation des données financières et, partant, de l’argent lui-même, a entraîné deux conséquences majeures pour le monde économique, mais aussi politique. D’une part, l’argent s’est dématérialisé, et en conséquence il n’est plus important aujourd’hui de savoir qui possède physiquement l’argent. Ce qui importe désormais dans le rapport de force mondial est de détenir le contrôle sur les réseaux par lesquels sont acheminées les informations. Sur ce chapitre, les États-Unis, qui ne possèdent même plus la meilleure base industrielle, gardent malgré cela l’avantage. D’autre part, l’argent a vu sa temporalité affectée lorsqu’il a fait le saut dans le cyberespace. Autrefois prisée pour son incorruptibilité sous forme d’or, la valeur-argent est devenue extrêmement éphémère depuis qu’elle a la possibilité de se déplacer à la vitesse de la lumière. Ce phénomène récent entraîne des conséquences très graves pour les nations en voie de développement dont les visées politiques peuvent ne pas correspondre avec celles de la « réseaucratie ». Maintenant que les économies nationales peuvent voir le tapis financier leur être tiré sous les pieds en quelques secondes, le contrôle exercé par les pays industrialisés s’est transformé en mainmise politique quasi absolue. Par le fait même, l’endettement des économies nationales est devenu le meilleur moyen de s’assurer une coopération politique totale et absolue de la part du Tiers-Monde.


 – Paul Laintaire – 440 p. – 1993 – Autrefois journaliste à Antenne 2, l’auteur s’est rapidement impliqué, à la suite de ses nombreux reportages à saveur économique, sur la scène politique nationale et transnationale. Professeur d’économie à Paris V, il est devenu depuis une figure marquante de la remise en question du nouvel ordre mondial.


lundi 29 août 2022

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L’effet seyant


Depuis les théocraties des origines, jusqu’au républicanisme, les systèmes politiques que se sont donnés les sociétés ont tous présenté des caractéristiques uniques et parfois étonnantes. Depuis les années 1960, la tendance veut que les électeurs se soucient moins des débats de fond que de l’image que projettent les dirigeants. Ainsi, présidents et premiers ministres peuvent désormais être prévaricateurs, concussionnaires et fornicateurs, cela n’émeut plus guère l’opinion publique. Par contre, que d’encre fait couler une nouvelle coiffure, une nouvelle garde-robe de costumes dernier cri ou un mot intelligemment placé et répété ad nauseam. L’important en politique contemporaine n’est plus tant ce que sont les dirigeants, mais bien plutôt ce de quoi ils ont l’air. Cette nouvelle tendance dans la gestion des sociétés modernes a donné naissance à une nouvelle profession : l’imageur. Désormais, le programme politique de tout un parti, fût-il de droite ou de gauche, pèse moins lourd dans la balance, le soir du vote, que le talent d’un bon tailleur ou que l’imagination d’un scripteur hors pair. Des exemples sont apportés afin d’illustrer le propos. Certains des grands chefs d’État de la seconde moitié du XXe siècle sont ainsi analysés en fonction, de leur habillement. Qu’on remarque le cheminement assez étonnant du « complet sombre » de John F. Kennedy qui, bien que demeurant dans les mêmes tons, a connu avant et après son accession à la présidence une transformation dans la coupe et dans le style qui en a fait une référence dans le domaine. Dans la même veine, on note un phénomène analogue en France, alors que les complets de François Mitterand ont été taillés selon une coupe extrêmement stricte, mais dans des tissus de plus en plus lustrés à mesure qu’il se rapprochait de l’Élysée. Enfin, mais dans un sens tout à fait à l’opposé, notons l’évolution dans l’habillement de Mohandas Karamchand Gândhi qui, au début de sa carrière, ne sortait jamais de chez lui sans un austère complet à l’occidentale, mais qui, pendant sa croisade contre l’occupation étrangère, a changé totalement son habillement. Enfin, un dernier exemple tiré des très nombreux qui émaillent l’essai, notons au passage le treillis de Fidel Castro qui lui a conféré, pendant des décennies, une crédibilité à toute épreuve. En guise de conclusion, l’auteur demande de quelle maturité politique il peut être question dans des sociétés où le vote se dirige là où on agite la pièce de tissu idoine, et, surtout, ce qu’il incombe de faire afin de mener la chose politique vers un niveau de réalisation plus accompli.


 – Hercule Hannoum – 506 p. – 1988 – Politologue fétiche de la jeune génération, l’auteur est retourné vivre dans sa Tunisie natale après avoir connu une brillante carrière universitaire européenne. Défenseur des droits des plus démunis de son pays, il n’a pas cessé d’être le critique intransigeant de toute une classe politique.


vendredi 26 août 2022

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L’écart rapace


Série d’entrevues menées auprès de plusieurs auteurs connus – dont entre autres Henri Tournel, André Fusse et Esther Haszy pour ne nommer que ceux-là – au cours desquels ils se livrent eux-mêmes, ainsi que quelques-uns des secrets de leur art. L’accent est cependant mis sur la notion d’« écart » qui est, pour ces auteurs à tout le moins, un incontournable de leur carrière. En effet, cet écart est celui existant entre l’oeuvre de l’écrivain et la réalité qui l’entoure. L’écart est évidemment essentiel afin de maintenir une distance entre l’auteur et la fiction qu’il génère, cette distance étant en quelque sorte un terreau fertile d’où il tire à la fois son inspiration et la caution dont il a besoin afin de s’exprimer librement. La liberté d’expression étant indissociable du métier d’écrivain, même au sein de dictatures répressives où les auteurs appuyés par l’État expriment, là aussi, librement leurs opinions, lesquelles ont simplement l’heur de concorder avec les vues du pouvoir. Mais au-delà du rôle de « coussin » que remplit l’écart, l’auteur fouille celui-ci afin d’y découvrir une identité inconsciente qui l’habite. C’est dans cette optique que l’écriture est souvent qualifiée de « thérapeutique » par certains experts de la santé mentale, car, effectivement, elle sert non seulement d’exutoire aux angoisses et aux passions sécrètes, mais elle est également, par sa propre symbolique, un révélateur de l’inconscient du scripteur lui-même. C’est dans cette optique assez unique que les auteurs interrogés se révèlent, sans pudeur, mais sans fausse honte non plus, afin de faire partager, par cet exercice qui ressemble presque à une thérapie, une facette méconnue de leur personne. Individu secret et mystérieux, l’écrivain est également utilisé, dans les faits, par cet écart qu’il ne contrôle jamais entièrement. Comme chaque individu, à un degré ou à un autre, possède une dimension cachée, sa part inconsciente, l’écart parvient, chez plusieurs auteurs, à s’accaparer cette portion indécise du créateur et à la façonner selon les besoins de l’oeuvre à produire, de sorte que l’écrivain est toujours un peu en rapport intime avec les personnages qu’il décrit. Non pas que cela relève d’une part intrinsèque de sa propre personnalité, mais, à l’instar des comédiens, il doit constamment avoir en lui une portion vierge qui peut se prêter, telle une glaise docile, selon les circonstances exigées par la création. En définitive, si l’écart est fertile pour l’auteur, il n’hésite pas en retour à poser ses exigences auxquelles ce dernier est obligé de céder s’il veut pouvoir donner libre cours à son inspiration et à sa liberté de création. En quelque sorte, l’écart rapace, s’il est garant de la liberté du créateur, en limite quand même la portée.


 – Elsa Moncelet – 208 p. – 1995 – L’auteure a réuni ici les transcriptions d’interviews informelles qu’elle a menées auprès d’écrivains connus. Elle a choisi, pour le plus grand bonheur des lecteurs de s’effacer pour laisser pleinement la parole à ses invités.


jeudi 25 août 2022

Convivial CAnada




Vous souvenez-vous de l'époque où le CAnada était présenté comme le pays de la mesure et de la neutralité? Autrefois, il faisait figure d'arbitre sur la scène internationale, dès lors qu'il était nécessaire de trouver un non-aligné afin de maintenir la paix dans une région du monde où les tensions étaient exacerbées.


Évidemment, cela n'était rien de plus qu'une jolie image d'Épinal. Dans les faits, le CAnada était déjà le digne pantin des Stazunis, après avoir été longtemps celui du Royaume-Uni. On pourrait dire qu'il avait des références solides, pourvu que son manque d'initiative et que la fidélité de son service soient concernés. Cette poudre aux yeux était une parure utile pour ceux qui tiraient effectivement les ficelles en coulisse.


Mais désormais le masque est tombé. Le CAnada n'est plus le neutre pur et juste de jadis. Maintenant, il est le partenaire fidèle des puissances occidentales dans leur marche vers l'asservissement de la planète. Suppôt indéfectible des Stazunis contre les ennemis de ces derniers; partenaire majeur de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN); acheteur avide d'armes yankees, il est aussi un fabricant et exportateur d'équipements militaires pour les dictatures pro-occidentales.


Comme il ne peut se tenir debout tout seul, ce même CAnada qui ne demande pas mieux que d'empiéter sur la souveraineté de pays plus faibles que lui, reconnaît d'emblée que ses «amis» plus puissants ont le droit d'empiéter sur sa propre souveraineté. Ainsi, incapable de garantir le contrôle qu'il est censé exercer sur le Grand Nord contre les Chinois et les Russes, il est tout disposé à abdiquer, en partie du moins, sa mainmise à de plus forts que lui; c'est-à-dire les Stazunis.


Mais comme il faut tout de même préserver les apparences, on ne dira pas que ce sont les Yankees qui prennent le contrôle à sa place. On dira que c'est l'OTAN.


Ça fait plus convivial; et c'est tellement cAnadien.


mercredi 24 août 2022

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La démocratie du prolétariat


Essai politique fruit des méditations de celui qui a longtemps été surnommé le « dinosaure de la gauche » par l’intelligentsia européenne à la suite de la chute du mur de Berlin et du socialisme en Europe orientale. Autrefois le plus ardent défenseur des idéaux communisants, l’auteur a été depuis sévèrement pris à partie pour son manque d’ouverture et son attachement aveugle à une doctrine politico-économique utopique. D’entrée de jeu, l’auteur démonte le discours dénigreur de ses critiques, affirmant, avec preuves à l’appui, que le discours néo-libéral de la fameuse mondialisation des marchés et de l’économie globale est un amalgame idéologique encore plus utopique que celui proposé par la gauche. Dans un deuxième temps, conscient des critiques adressées aux défuntes démocraties populaires, il propose un modèle renouvelé de socialisme incorporant, sur le plan politique, une structure électorale. Cependant, comprenant l’impossibilité de voir subsister un socialisme miné – pour ne pas dire saboté, comme l’ont démontré au cours du siècle tous les gouvernements de front populaire – par la présence de partis bourgeois, il suggère une démocratie suivant le style en pratique aux États-Unis où, essentiellement, deux tendances ont le loisir de s’exprimer à l’intérieur d’un même système électoral. Ce dernier, placé sous l’égide exclusive d’un parti communiste, voit ainsi s’affronter les tendances au sein de la gauche, excluant les options politiques qui menacent de nuire au bien-être de la majorité, c’est-à-dire les classes laborieuses. Le modèle propose la création de deux pouvoirs, agissant en parallèle avec le Parti, à savoir un corps législatif élu selon le mode occidental par le biais d’élections au suffrage universel, et un corps exécutif, également élu, mais par le biais d’un suffrage restreint, semblable au collège électoral qui élit le président des États-Unis. La troisième partie de l’ouvrage emprunte une voie plus théorique où l’auteur reprend un à un les thèmes centraux du marxisme-léninisme afin de mettre en lumière leur actualité malgré le passage des années et afin de démontrer que leur échec n’a été dû, en fin de compte, qu’à une mauvaise compréhension de leur essence par les dirigeants soviétiques et aussi à un manque de moyens pour les mettre en pratique causé par la destruction des infrastructures industrielles et agricoles en U.R.S.S. au cours de la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur intègre en outre certains concepts empruntés au trotskysme où la mondialisation des principes révolutionnaires supplante la notion de mondialisation des marchés et vient compenser l’omnipotence d’un capitalisme débridé qui ne peut déboucher que sur le gaspillage des ressources et sur la subjugation d’un nombre croissant d’êtres humains. 


 – André Libbe – 364 p. – 1998 – Émouvant plaidoyer en faveur de la justice, et mise à jour éclairée de concepts longtemps tenus pour archaïques. Cet essai, qui a été désavoué par le Parti communiste français, demeure pourtant aujourd’hui une référence incontournable de la gauche renaissante.

mardi 23 août 2022

Banques sans tralala


 

lundi 22 août 2022

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Le cynique des abusés


Écrivain prolifique, Henri Tournel est avant tout un des témoins privilégiés de la seconde moitié notre siècle. Ayant atteint la renommée dans la presse écrite et parlée, il a été de tous les grands événements qui, depuis le débarquement de Normandie jusqu’à la révolution islamique en Iran, ont ébranlé et marqué le siècle, en même temps qu’ils ont forgé l’histoire. Dans le présent essai monsieur Tournel nous livre, dans une langue claire et précise, une vision lucide et sans complaisance des coulisses des grands moments de l’humanité, tel qu’il a été assez privilégié de les vivre. À la fois doux et amer, il raconte sans complaisance ce siècle qui a en même temps été sa vie. S’agit-il véritablement d’un essai ou d’une autobiographie, il résume ainsi sa dernière fournée : « Le livre d’une vie, comme seul un livre peut rendre une vie. » Il s’applique surtout à expliquer comment ses illusions de jeunesse ont été systématiquement détruites, les unes après les autres, au contact des faiseurs de nouvelles eux-mêmes, et, surtout, des cercles du pouvoir où ils évoluent et où, bien souvent, les véritables décideurs sont ceux que l’on ne voit jamais en public. Ce cheminement douloureux, dont il ne cache rien, ni les angoisses existentielles – il a bien connu Jean-Paul Sartre – ni les profonds questionnements à la fois moraux et politiques – n’a-t-il pas été l’un des seuls intellectuels européens à appuyer le combat des brigades rouges en Italie ? – ne sont ici passés sous silence. Au fil des années, à mesure que sa célébrité croissait tant en France qu’aux États-Unis, cette longue et difficile prise de conscience a fait de lui le « Cynique par excellence » (également le titre d’un de ses romans). Les abusés, quant à eux, ne sont nul autre que monsieur et madame Tout-le-monde qui, par la force d’un système sociopolitique aveugle et élitiste, n’ont d’autre choix que de placer leur confiance dans ces dirigeants qu’on leur impose et qui ne sont jamais plus que de simples gérants, tandis que les véritables maîtres tirent tranquillement les ficelles dans l’ombre. Ainsi, le peuple est-il mené par des argotiers sans scrupules qui, au nom du bien public dont ils ne se soucient jamais, en profitent pour fouler au pied les principes les plus élémentaires de la dignité humaine. Selon monsieur Tournel, seule une prise de conscience permettrait de changer la donne politique des sociétés occidentales et de permettre à un véritable principe démocratique de fleurir. Cependant, un tel processus exigerait une responsabilisation collective dont semblent incapables les masses occidentales, trop habituées à laisser les maîtres du jeu penser à leur place. 


 – Henri Tournel – 184 p. – 1989 – À la fois message d’espoir et constat d’échec de toute une époque, cet essai a valu à son auteur les plus beaux éloges et les pires condamnations, tant à droite qu’à gauche de l’éventail politique.