mercredi 31 août 2022

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L’emprunt digital


Marx mentionnait la notion de mondialisation des marchés dans le Capital, ouvrage marquant paru en 1871. Cette conception de la mondialisation des marchés était fondée sur l’accès des puissances industrielles (l’Europe occidentale, les États-Unis et, dans une moindre mesure à cette époque, le Japon) à des débouchés commerciaux. Ce qui a changé au cours des dernières décennies est la rencontre du capitalisme, axé sur le secteur tertiaire au sein des puissances industrielles, et des nouvelles technologies de communication. Il est faux, selon l’auteur, de prétendre que les échanges commerciaux ont connu une mutation profonde au cours des dernières années. Avant que les technologies de transport n’arrivent à déplacer, de façon économique, les produits d’un continent à l’autre, et ce, en quelques instants, les échanges commerciaux resteront à peu près ce qu’ils étaient à l’époque de la machine à vapeur. Ce qui a connu une profonde mutation en l’espace d’une génération, et que l’on a abusivement étiqueté « mondialisation des marchés », est un processus tout autre. Il ne s’agit pas des produits du capitalisme, mais bien du capital lui-même qui s’est mondialisé. Ainsi, la numérisation des données financières et, partant, de l’argent lui-même, a entraîné deux conséquences majeures pour le monde économique, mais aussi politique. D’une part, l’argent s’est dématérialisé, et en conséquence il n’est plus important aujourd’hui de savoir qui possède physiquement l’argent. Ce qui importe désormais dans le rapport de force mondial est de détenir le contrôle sur les réseaux par lesquels sont acheminées les informations. Sur ce chapitre, les États-Unis, qui ne possèdent même plus la meilleure base industrielle, gardent malgré cela l’avantage. D’autre part, l’argent a vu sa temporalité affectée lorsqu’il a fait le saut dans le cyberespace. Autrefois prisée pour son incorruptibilité sous forme d’or, la valeur-argent est devenue extrêmement éphémère depuis qu’elle a la possibilité de se déplacer à la vitesse de la lumière. Ce phénomène récent entraîne des conséquences très graves pour les nations en voie de développement dont les visées politiques peuvent ne pas correspondre avec celles de la « réseaucratie ». Maintenant que les économies nationales peuvent voir le tapis financier leur être tiré sous les pieds en quelques secondes, le contrôle exercé par les pays industrialisés s’est transformé en mainmise politique quasi absolue. Par le fait même, l’endettement des économies nationales est devenu le meilleur moyen de s’assurer une coopération politique totale et absolue de la part du Tiers-Monde.


 – Paul Laintaire – 440 p. – 1993 – Autrefois journaliste à Antenne 2, l’auteur s’est rapidement impliqué, à la suite de ses nombreux reportages à saveur économique, sur la scène politique nationale et transnationale. Professeur d’économie à Paris V, il est devenu depuis une figure marquante de la remise en question du nouvel ordre mondial.


lundi 29 août 2022

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L’effet seyant


Depuis les théocraties des origines, jusqu’au républicanisme, les systèmes politiques que se sont donnés les sociétés ont tous présenté des caractéristiques uniques et parfois étonnantes. Depuis les années 1960, la tendance veut que les électeurs se soucient moins des débats de fond que de l’image que projettent les dirigeants. Ainsi, présidents et premiers ministres peuvent désormais être prévaricateurs, concussionnaires et fornicateurs, cela n’émeut plus guère l’opinion publique. Par contre, que d’encre fait couler une nouvelle coiffure, une nouvelle garde-robe de costumes dernier cri ou un mot intelligemment placé et répété ad nauseam. L’important en politique contemporaine n’est plus tant ce que sont les dirigeants, mais bien plutôt ce de quoi ils ont l’air. Cette nouvelle tendance dans la gestion des sociétés modernes a donné naissance à une nouvelle profession : l’imageur. Désormais, le programme politique de tout un parti, fût-il de droite ou de gauche, pèse moins lourd dans la balance, le soir du vote, que le talent d’un bon tailleur ou que l’imagination d’un scripteur hors pair. Des exemples sont apportés afin d’illustrer le propos. Certains des grands chefs d’État de la seconde moitié du XXe siècle sont ainsi analysés en fonction, de leur habillement. Qu’on remarque le cheminement assez étonnant du « complet sombre » de John F. Kennedy qui, bien que demeurant dans les mêmes tons, a connu avant et après son accession à la présidence une transformation dans la coupe et dans le style qui en a fait une référence dans le domaine. Dans la même veine, on note un phénomène analogue en France, alors que les complets de François Mitterand ont été taillés selon une coupe extrêmement stricte, mais dans des tissus de plus en plus lustrés à mesure qu’il se rapprochait de l’Élysée. Enfin, mais dans un sens tout à fait à l’opposé, notons l’évolution dans l’habillement de Mohandas Karamchand Gândhi qui, au début de sa carrière, ne sortait jamais de chez lui sans un austère complet à l’occidentale, mais qui, pendant sa croisade contre l’occupation étrangère, a changé totalement son habillement. Enfin, un dernier exemple tiré des très nombreux qui émaillent l’essai, notons au passage le treillis de Fidel Castro qui lui a conféré, pendant des décennies, une crédibilité à toute épreuve. En guise de conclusion, l’auteur demande de quelle maturité politique il peut être question dans des sociétés où le vote se dirige là où on agite la pièce de tissu idoine, et, surtout, ce qu’il incombe de faire afin de mener la chose politique vers un niveau de réalisation plus accompli.


 – Hercule Hannoum – 506 p. – 1988 – Politologue fétiche de la jeune génération, l’auteur est retourné vivre dans sa Tunisie natale après avoir connu une brillante carrière universitaire européenne. Défenseur des droits des plus démunis de son pays, il n’a pas cessé d’être le critique intransigeant de toute une classe politique.


vendredi 26 août 2022

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L’écart rapace


Série d’entrevues menées auprès de plusieurs auteurs connus – dont entre autres Henri Tournel, André Fusse et Esther Haszy pour ne nommer que ceux-là – au cours desquels ils se livrent eux-mêmes, ainsi que quelques-uns des secrets de leur art. L’accent est cependant mis sur la notion d’« écart » qui est, pour ces auteurs à tout le moins, un incontournable de leur carrière. En effet, cet écart est celui existant entre l’oeuvre de l’écrivain et la réalité qui l’entoure. L’écart est évidemment essentiel afin de maintenir une distance entre l’auteur et la fiction qu’il génère, cette distance étant en quelque sorte un terreau fertile d’où il tire à la fois son inspiration et la caution dont il a besoin afin de s’exprimer librement. La liberté d’expression étant indissociable du métier d’écrivain, même au sein de dictatures répressives où les auteurs appuyés par l’État expriment, là aussi, librement leurs opinions, lesquelles ont simplement l’heur de concorder avec les vues du pouvoir. Mais au-delà du rôle de « coussin » que remplit l’écart, l’auteur fouille celui-ci afin d’y découvrir une identité inconsciente qui l’habite. C’est dans cette optique que l’écriture est souvent qualifiée de « thérapeutique » par certains experts de la santé mentale, car, effectivement, elle sert non seulement d’exutoire aux angoisses et aux passions sécrètes, mais elle est également, par sa propre symbolique, un révélateur de l’inconscient du scripteur lui-même. C’est dans cette optique assez unique que les auteurs interrogés se révèlent, sans pudeur, mais sans fausse honte non plus, afin de faire partager, par cet exercice qui ressemble presque à une thérapie, une facette méconnue de leur personne. Individu secret et mystérieux, l’écrivain est également utilisé, dans les faits, par cet écart qu’il ne contrôle jamais entièrement. Comme chaque individu, à un degré ou à un autre, possède une dimension cachée, sa part inconsciente, l’écart parvient, chez plusieurs auteurs, à s’accaparer cette portion indécise du créateur et à la façonner selon les besoins de l’oeuvre à produire, de sorte que l’écrivain est toujours un peu en rapport intime avec les personnages qu’il décrit. Non pas que cela relève d’une part intrinsèque de sa propre personnalité, mais, à l’instar des comédiens, il doit constamment avoir en lui une portion vierge qui peut se prêter, telle une glaise docile, selon les circonstances exigées par la création. En définitive, si l’écart est fertile pour l’auteur, il n’hésite pas en retour à poser ses exigences auxquelles ce dernier est obligé de céder s’il veut pouvoir donner libre cours à son inspiration et à sa liberté de création. En quelque sorte, l’écart rapace, s’il est garant de la liberté du créateur, en limite quand même la portée.


 – Elsa Moncelet – 208 p. – 1995 – L’auteure a réuni ici les transcriptions d’interviews informelles qu’elle a menées auprès d’écrivains connus. Elle a choisi, pour le plus grand bonheur des lecteurs de s’effacer pour laisser pleinement la parole à ses invités.


jeudi 25 août 2022

Convivial CAnada




Vous souvenez-vous de l'époque où le CAnada était présenté comme le pays de la mesure et de la neutralité? Autrefois, il faisait figure d'arbitre sur la scène internationale, dès lors qu'il était nécessaire de trouver un non-aligné afin de maintenir la paix dans une région du monde où les tensions étaient exacerbées.


Évidemment, cela n'était rien de plus qu'une jolie image d'Épinal. Dans les faits, le CAnada était déjà le digne pantin des Stazunis, après avoir été longtemps celui du Royaume-Uni. On pourrait dire qu'il avait des références solides, pourvu que son manque d'initiative et que la fidélité de son service soient concernés. Cette poudre aux yeux était une parure utile pour ceux qui tiraient effectivement les ficelles en coulisse.


Mais désormais le masque est tombé. Le CAnada n'est plus le neutre pur et juste de jadis. Maintenant, il est le partenaire fidèle des puissances occidentales dans leur marche vers l'asservissement de la planète. Suppôt indéfectible des Stazunis contre les ennemis de ces derniers; partenaire majeur de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN); acheteur avide d'armes yankees, il est aussi un fabricant et exportateur d'équipements militaires pour les dictatures pro-occidentales.


Comme il ne peut se tenir debout tout seul, ce même CAnada qui ne demande pas mieux que d'empiéter sur la souveraineté de pays plus faibles que lui, reconnaît d'emblée que ses «amis» plus puissants ont le droit d'empiéter sur sa propre souveraineté. Ainsi, incapable de garantir le contrôle qu'il est censé exercer sur le Grand Nord contre les Chinois et les Russes, il est tout disposé à abdiquer, en partie du moins, sa mainmise à de plus forts que lui; c'est-à-dire les Stazunis.


Mais comme il faut tout de même préserver les apparences, on ne dira pas que ce sont les Yankees qui prennent le contrôle à sa place. On dira que c'est l'OTAN.


Ça fait plus convivial; et c'est tellement cAnadien.


mercredi 24 août 2022

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La démocratie du prolétariat


Essai politique fruit des méditations de celui qui a longtemps été surnommé le « dinosaure de la gauche » par l’intelligentsia européenne à la suite de la chute du mur de Berlin et du socialisme en Europe orientale. Autrefois le plus ardent défenseur des idéaux communisants, l’auteur a été depuis sévèrement pris à partie pour son manque d’ouverture et son attachement aveugle à une doctrine politico-économique utopique. D’entrée de jeu, l’auteur démonte le discours dénigreur de ses critiques, affirmant, avec preuves à l’appui, que le discours néo-libéral de la fameuse mondialisation des marchés et de l’économie globale est un amalgame idéologique encore plus utopique que celui proposé par la gauche. Dans un deuxième temps, conscient des critiques adressées aux défuntes démocraties populaires, il propose un modèle renouvelé de socialisme incorporant, sur le plan politique, une structure électorale. Cependant, comprenant l’impossibilité de voir subsister un socialisme miné – pour ne pas dire saboté, comme l’ont démontré au cours du siècle tous les gouvernements de front populaire – par la présence de partis bourgeois, il suggère une démocratie suivant le style en pratique aux États-Unis où, essentiellement, deux tendances ont le loisir de s’exprimer à l’intérieur d’un même système électoral. Ce dernier, placé sous l’égide exclusive d’un parti communiste, voit ainsi s’affronter les tendances au sein de la gauche, excluant les options politiques qui menacent de nuire au bien-être de la majorité, c’est-à-dire les classes laborieuses. Le modèle propose la création de deux pouvoirs, agissant en parallèle avec le Parti, à savoir un corps législatif élu selon le mode occidental par le biais d’élections au suffrage universel, et un corps exécutif, également élu, mais par le biais d’un suffrage restreint, semblable au collège électoral qui élit le président des États-Unis. La troisième partie de l’ouvrage emprunte une voie plus théorique où l’auteur reprend un à un les thèmes centraux du marxisme-léninisme afin de mettre en lumière leur actualité malgré le passage des années et afin de démontrer que leur échec n’a été dû, en fin de compte, qu’à une mauvaise compréhension de leur essence par les dirigeants soviétiques et aussi à un manque de moyens pour les mettre en pratique causé par la destruction des infrastructures industrielles et agricoles en U.R.S.S. au cours de la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur intègre en outre certains concepts empruntés au trotskysme où la mondialisation des principes révolutionnaires supplante la notion de mondialisation des marchés et vient compenser l’omnipotence d’un capitalisme débridé qui ne peut déboucher que sur le gaspillage des ressources et sur la subjugation d’un nombre croissant d’êtres humains. 


 – André Libbe – 364 p. – 1998 – Émouvant plaidoyer en faveur de la justice, et mise à jour éclairée de concepts longtemps tenus pour archaïques. Cet essai, qui a été désavoué par le Parti communiste français, demeure pourtant aujourd’hui une référence incontournable de la gauche renaissante.

mardi 23 août 2022

Banques sans tralala


 

lundi 22 août 2022

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Le cynique des abusés


Écrivain prolifique, Henri Tournel est avant tout un des témoins privilégiés de la seconde moitié notre siècle. Ayant atteint la renommée dans la presse écrite et parlée, il a été de tous les grands événements qui, depuis le débarquement de Normandie jusqu’à la révolution islamique en Iran, ont ébranlé et marqué le siècle, en même temps qu’ils ont forgé l’histoire. Dans le présent essai monsieur Tournel nous livre, dans une langue claire et précise, une vision lucide et sans complaisance des coulisses des grands moments de l’humanité, tel qu’il a été assez privilégié de les vivre. À la fois doux et amer, il raconte sans complaisance ce siècle qui a en même temps été sa vie. S’agit-il véritablement d’un essai ou d’une autobiographie, il résume ainsi sa dernière fournée : « Le livre d’une vie, comme seul un livre peut rendre une vie. » Il s’applique surtout à expliquer comment ses illusions de jeunesse ont été systématiquement détruites, les unes après les autres, au contact des faiseurs de nouvelles eux-mêmes, et, surtout, des cercles du pouvoir où ils évoluent et où, bien souvent, les véritables décideurs sont ceux que l’on ne voit jamais en public. Ce cheminement douloureux, dont il ne cache rien, ni les angoisses existentielles – il a bien connu Jean-Paul Sartre – ni les profonds questionnements à la fois moraux et politiques – n’a-t-il pas été l’un des seuls intellectuels européens à appuyer le combat des brigades rouges en Italie ? – ne sont ici passés sous silence. Au fil des années, à mesure que sa célébrité croissait tant en France qu’aux États-Unis, cette longue et difficile prise de conscience a fait de lui le « Cynique par excellence » (également le titre d’un de ses romans). Les abusés, quant à eux, ne sont nul autre que monsieur et madame Tout-le-monde qui, par la force d’un système sociopolitique aveugle et élitiste, n’ont d’autre choix que de placer leur confiance dans ces dirigeants qu’on leur impose et qui ne sont jamais plus que de simples gérants, tandis que les véritables maîtres tirent tranquillement les ficelles dans l’ombre. Ainsi, le peuple est-il mené par des argotiers sans scrupules qui, au nom du bien public dont ils ne se soucient jamais, en profitent pour fouler au pied les principes les plus élémentaires de la dignité humaine. Selon monsieur Tournel, seule une prise de conscience permettrait de changer la donne politique des sociétés occidentales et de permettre à un véritable principe démocratique de fleurir. Cependant, un tel processus exigerait une responsabilisation collective dont semblent incapables les masses occidentales, trop habituées à laisser les maîtres du jeu penser à leur place. 


 – Henri Tournel – 184 p. – 1989 – À la fois message d’espoir et constat d’échec de toute une époque, cet essai a valu à son auteur les plus beaux éloges et les pires condamnations, tant à droite qu’à gauche de l’éventail politique.

samedi 20 août 2022

Il est croche*

* Bien sûr, je parle de son nœud de cravate.
 

vendredi 19 août 2022

Tapin à Taïpeh

 


Changez d'aire


 

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Le creuset diabolique


Arthur Ziemcke est un généticien de renommée mondiale qui a réuni dans Le creuset diabolique l’essentiel de ses réflexions. Ziemcke utilise comme point de départ la confluence de trois grands thèmes communs au monde scientifique contemporain. En fait, il s’agit d’une problématique, d’une constatation et d’un paradigme. La problématique est constituée par l’émergence de nouveaux virus jugés extrêmement létaux. La constatation en est une qui mystifie les scientifiques de nombreuses disciplines, car aucun n’est encore capable d’expliquer, soit statistiquement, biologiquement ou d’autre façon, les grandes extinctions qui, à intervalles, viennent effacer du catalogue du vivant une large part des espèces existantes. Le paradigme est celui, encore mal compris, de la théorie du chaos. Selon cette dernière, les événements imprévisibles, tout ce qui existe d’aléatoire, ne sont pas le fruit du pur hasard, mais obéissent à des concepts sous-jacents, difficilement reconnaissables qui entraînent, par exemple, l’emballement de certains systèmes, qu’ils soient mathématiques, mécaniques, dans leur sens le plus large, ou biologiques. Prenant appui sur l’apparition soudaine du virus du sida, le professeur Ziemcke explique comment le code génétique du virus se combine avec celui de la cellule qu’il infecte, produisant ainsi sans cesse de nouvelles souches de lui-même dont les effets sont le plus souvent imprévisibles. Utilisant la théorie du chaos comme point d’appui, il démontre que ces combinaisons peuvent engendrer des super-virus qui risquent, à l’occasion, de se propager d’une espèce à l’autre avec une désarmante facilité. Le professeur Ziemcke invite le lecteur à imaginer un virus mortel pouvant, par le jeu des transmutations génétiques, infecter n’importe quelle cellule vivante. Il va sans dire que, sans l’apport d’une science biochimique évoluée, la plupart des espèces atteintes se trouveraient condamnées. En revenant à l’exemple du virus du rhume, le professeur souligne le fait que, une fois guéri de cette maladie, l’organisme est désormais immunisé contre elle. Dans le cas d’une infection interespèces, les survivants de la maladie seraient également, eux et leurs descendants, immunisés contre ce virus. Le professeur Ziemcke conclut son essai en posant l’hypothèse que ces virus destructeurs de tant d’espèces sont toujours parmi nous et qu’ils sont devenus totalement anodins, par exemple celui du moins que redoutable rhume de cerveau. C’est donc avec aplomb qu’il peut opposer à la théorie de Darwin de la « sélection naturelle » celle de la « sélection virale », qui serait mieux à même d’expliquer les choix étonnants de la nature sur le plan de l’évolution des espèces.


 – Arthur Ziemcke – 740 p. – 1989 – Penseur renommé, longtemps comparé, chez les psychogénéticiens, comme l’égal sinon le rival de Henri Laborit, l’auteur, par ses prises de position très anticonformistes, a souvent suscité la controverse.


jeudi 18 août 2022

Amnésie internationale

L'article ici



L'autre jour, il avait été mentionné dans ces pages qu'un rapport d'Amnistie internationale (AI) faisait état de crimes de guerre commis par l'armée ukrainienne et ses milices néonazies. Évidemment, l'histoire avait fait grand bruit, surtout à Kiev où on avait gueulé contre le contenu de ce rapport.


À tel point qu’AI a décidé de mandater des «experts indépendants» pour vérifier  le document. Selon l'organisation, il y aurait peut-être eu des problèmes avec les recherches effectuées, l'analyse et – tenez-vous bien! – le moment de la publication.


Bref, le contenu du rapport, dans sa version première, est à prendre avec un très gros grain de sel, tout au moins jusqu'à ce qu'il soit retiré; et avec des excuses en prime. Par contre, bien entendu, tous les crimes imputés aux Russes sont tout à fait réels et ces derniers peuvent bien gueuler tant qu'ils voudront, ça ne changera rien.


C'est beau, l'objectivité!








mercredi 17 août 2022

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La cour donatrice


Les démunis, dans notre société, jouent, à leurs dépens, un double rôle. D’une part, comme chacun sait, c’est sur leur dos que sont réalisés les faramineux profits des grandes entreprises, généralement multinationales. Celles-ci, en constituant un bassin de sans-emploi, forcent, par le jeu de l’offre et de la demande, les salaires à la baisse. En outre, les démunis demeurent de fidèles consommateurs et contribuent ainsi à la circulation des biens et des services. Or, les grandes entreprises constituent en outre le plus puissant groupe de pression qui existe. À preuve, ce qu’on appelle obligeamment le lobbying, est devenu un incontournable des cercles du pouvoir. Forme ultraspécialisée de marketing à caractère publicitaire, le lobbying dispose d’avantages colossaux que n’ont pas les firmes de publicité ordinaires. En effet, leur public cible, étant composé exclusivement de politiciens et de leur entourage, est clairement défini. Aussi, alors que la proportion dollars/individu est relativement faible dans le marché global, elle s’inverse totalement dans le cadre d’une campagne de lobbying. Ainsi, les décideurs étant facilement identifiés, il devient possible pour les grandes entreprises, grâce aux énormes moyens dont elles disposent, de littéralement acheter l’oreille, et très souvent la conscience, des détenteurs du pouvoir politique. En ce sens, elles forment une espèce de cour privilégiée qui entoure constamment les décideurs. Il s’agit bien entendu d’une cour d’un style nouveau où les prébendes personnelles, plutôt que d’être distribuées par le pouvoir, lui sont au contraire consenties afin de s’attirer ses faveurs. Mais il ne suffit pas, bien entendu, de soudoyer de hauts fonctionnaires. À la longue, ce procédé recèle des risques dont ont pâti bien des gouvernements autoritaires. Les grandes entreprises ménagent également leur image en mettant sur pied des programmes dont le but officiel est de venir en aide aux plus démunis qui, la plupart du temps, sont leurs victimes. Officieusement, le mobile est moins net. Leurs dons, consentis à des causes méritoires, sont généralement accompagnés de publicisations à outrance. La prétendue « charité » dont elles font preuve n’est rien d’autre qu’une opération de relations publiques hautement intéressée. Si les démunis semblent profiter quelque peu des « largesses » de cette cour donatrice, il ne faut surtout pas qu’ils posent la question suivante : « Quelle proportion de leurs revenus les grandes entreprises consacrent-elles réellement à soulager la misère qu’elles ont la plupart du temps créée ? »


 – Rose Dévan – 392 p. – 1994 – L’auteure, ayant longtemps collaboré à la Fondation de l’université du Niagara, a bien connu les coulisses de l’« industrie » de la philanthropie. Quelque peu désillusionnée devant la froide indifférence de ceux et celles qui profitent de ses rouages, elle a publié cet essai impitoyable attaquant l’hypocrisie des bien-pensants.


mardi 16 août 2022

Ma CAQ répond à la pelle

 



C'est une grande victoire à la fois pour l'écologie, la population de Rouyn-Noranda et le ministre de l'Environnement, M. Benoit Charette que l'on reconnaît facilement sur la photo ci-dessus grâce à son petit air intelligent.


Dernièrement, l'actualité a fait grand cas des problèmes de pollution entraînés par l'exploitation de la fonderie Horne, en Abitibi, en opération depuis 1927. Entre autres contaminants hautement toxiques, elle rejetait dans l'air des quantités importantes d'arsenic. 


Comme l'opinion publique était remontée contre ce problème environnemental majeur – mieux vaut très tard que jamais –, le gouvernement de la CAQ avait menacé de fermer l'usine du bout des lèvres si Glencore, le propriétaire actuel de la fonderie, ne réduisait pas significativement les émissions toxiques; élections obligent. Le seuil acceptable pour de telles émissions est de trois nanogrammes par mètre cube (ng/m³). L'intervention musclée du gouvernement dans ce dossier permettra de réduire lesdites émissions à 15 ng/m³… d'ici 5 ans.


Est-il besoin de préciser à quel point le ministre Charette est fier de ces résultats décevants? Donc, rendez-vous en 2027 pour voir quelles seront les émissions de l'usine et pour savoir qui formera le gouvernement à ce moment.


Quant à ce dernier point, peu importe. Les gouvernements sont des experts en pelletage par en avant, surtout quand il s'agit de pelleter un nuage toxique!


lundi 15 août 2022

Ti-Guy et son tapin




Vous souvenez-vous, en mars dernier? Oui, oui, quand Ti-Guy a décidé de se porter au secours des libéraux (PLiC), qu'il avait tant décriés au cours de la campagne électorale, en échange de concessions: plan dentaire, assurance médicaments et droit de regard sur les soins de longue durée. Bref le Nouveau Democratic Party (NDP) s'était résolu à tapiner au bénéfice du gouvernement du fils de Pierre Elliott Trudeau en échange de promesses en l'air.


Aujourd'hui, Ti-Guy, qui avait pratiquement disparu de la scène publique depuis, à tel point que je m'attendais à voir sa photo sur les litres de lait, a fini par faire semblant de taper avec sa petite menotte sur la table devant le manque d'avancée dans le dossier. 


La réaction du PLiC ne s'est pas fait attendre: on commence à lire dans les journaux tous les obstacles que les gestionnaires fédéraux rencontrent là-dedans. Bref, Ti-Guy est en train de se faire dire de la fermer en attendant les prochaines élections. Élections qui pourraient bien avoir lieu plus tôt qu'on pense si la base du NDP se lasse des promesses non tenues et, surtout, si une frange importante se lasse d'être des libéraux par association.


Mais je ne suis pas sûr que cela les dérange tellement.







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Le corps naît de fric


Lisez ça, les potes ! C’est vachement chié !


 – Nestor Hyssité – 528 p. – 1994 – Troublé par les contradictions qui minent la société contemporaine, l’auteur, en employant une démarche relativement anticonformiste, s’emploie à dénoncer les mythes les plus tenaces de notre société, s’attaquant particulièrement au phénomène des modes. Hippie, punk, grunge ou hip-hop, toutes les désignations ne servent finalement que de support auquel accrocher une étiquette de prix. Dans cette optique, l’auteur offre aux lecteurs, avec un humour très débridé, différents moyens de résister aux exigences claironnantes de la vie moderne et des tendances qu’elle crée artificiellement. Ce mode d’emploi, à la fois pratique et évocateur, met en perspective nos propres insécurités qui ne sont que la manifestation d’un besoin inconscient de nous souder au groupe humain, lequel, sous les contraintes économiques présentes, est de plus en plus éclaté. Cet essai est également un appel à la résistance passive et une incitation très concrète des contemporains à poser les gestes de courage qui, seuls, peuvent amener une nouvelle orientation de la société actuelle.


dimanche 14 août 2022

Vrai de frais




Le Parti libéral du Québec (PLiQ) a révélé le slogan qu'il entend utiliser en vue de la prochaine campagne électorale, celle-là même que tout le monde attend avec une indifférence non dissimulée. Comment en serait-il autrement, quand on sait d'avance qui va gagner?


«Votez vrai. Vrais enjeux. Vraies solutions.» À première vue, il semble plutôt qu'il s'agit de trois slogans en parallèle, mais une source généralement bien informée au sein du PLiQ nous a rassuré: il s'agit bien d'un seul slogan. C'est comme la sainte trinité, un slogan en trois personnes et, comme elle, c'est une sorte de mystère qui sonne comme un jargon creux.


Personnellement, je n'en retiens que l'allusion aux solutions. Quel dommage que le PLiQ ne connaisse les solutions à apporter que lorsqu'il n'est pas au pouvoir.


À ce propos, je vous dirais bien pour qui voter, mais comme il n'y a pas un parti pour racheter les autres…


Et ça, c'est vraiment vrai.