mardi 19 mai 2009

Blasé

Le bon parler frança
Fiche linguistique numéro 7

Blasé

L'incertitude économique dégénère en morosité ambiante? L'enthousiasme est à son plus faible? C'est ça: nous sommes blasés. «Blasé» est un mot particulièrement étrange. Le verbe blaser trouverait son origine au XVIIe siècle chez les Picards, qui habitent le nord de la France. Il serait d'influence allemande (en allemand: blasen). Les Picards l'employait pour désigner l'usage abusif de boissons fortes au point que les excessifs en soient blêmes ou bouffis. (Bouffis ou gonflés qui font directement référence à «souffler» comme «to blaze», en anglais, autre legs germanique)

De quelles boissons parle-t-on? Ça, on ne le sait pas. Dans «Histoire socialiste de la révolution», Jean Jaurès note combien les liqueurs fortes blasent le palais. Blasent-elles aussi les socialistes? Cela expliquerait peut-être pourquoi de grands financiers (de Bronfman à Rémy Martin en passant par Molson et Heineken) investissent autant dans l'alcool. Le grand complot capitaliste toujours en marche.

Il a fallu attendre un siècle avant que le terme trouve le sens qu'on lui donne généralement aujourd'hui pour qualifier des personnes qui n'éprouvent plus de plaisir à rien. Ça c'est issu du parler français du sud, le provençal. Le mot viendrait, dans ce cas, de «blazir» pour «faire faner». L'écrivain Jules Renard en remet: «Les gens qui se disent blasés n'ont jamais rien éprouvé: la sensibilité ne s'use pas». Bref, la question est: faut-il être blasé comme un Picard ou comme un Provençal?

Tiré du Dictionnaire absurde du vrai français étonnant, 15 678 pages, Montréal, Absurdistan unie, Éditions vacillantes, 875,99$.

Breiz atao!


Aujourd’hui, 19 mai, c’est la Saint-Yves, la fête de tous les Bretons. Évidemment, on ne peut pas dire «fête nationale», puisque la Bretagne n’est pas une nation. Elle fait partie de la France et c’est bien comme ça. D’ailleurs – je vous demande un peu –, à quoi sert-il d’être indépendant dans le contexte actuel?

En effet, avec la globalisation, la mondialisation et les unions douanières, il devient inutile de fractionner les territoires. À moins que les nationalismes servent les intérêts des grands requins.

Ainsi, le Tibet, le Kosovo et les autres pays ayant formé la Yougoslavie d’antan, les anciennes républiques de l’URSS, les Tchétchènes, et combien d’autres encore, avaient tous raison de réclamer leur indépendance.

Mais les Tamouls, les Basques, les catholiques d’Irlande du Nord et les Palestiniens, des acharnés qui ne veulent rien entendre – et qui sont de ce fait des terroristes –, et des raisonnables comme les Bretons et les Québécois, qui se font tranquillement une raison, étaient tous dans l’erreur de désirer accéder à l’indépendance au nom d’un folklorisme passéiste et rétrograde, comme l’a si bien expliqué Trudeau (pas le grand geôlier, le petit joaillier).

Bref, si vous voulez être indépendant, vous avez intérêt à faire ce qu’on vous dit…


P.-S.: Breiz atao veut dire «Bretagne toujours». C’est le cri de ralliement des indépendantistes bretons, semblable au «vive le Québec libre» qu’on n’entend plus que lors de la marche des Patriotes, comme celle d’hier où nous n’étions que «quelques dizaines», selon Radio-Canada. Parce qu’il ne suffit pas d’être fédéraliste, encore faut-il ne pas savoir compter.



(Images: Wikipedia)

Éphémérides: 19 mai
Le Géant Ferré


Né à Grenoble, le 19 mai, André René Roussimoff (1946-1993) souffrait d’acromégalie. Du haut de ses sept pieds, 500 livres, il fera sensation comme lutteur professionel. Dans la francophonie, on l’appelle Le Géant Ferré. Aux USA, il devient André The Giant. Sur la photo, le gros André pose avec Carol Vadnais et Bobby Orr.

Monstre de l’arène, sa vrai personalité se manifeste au cinéma dans le rôle de Fezzi, l’ogre au coeur d’or dans le classique Princess Bride.

Le spécial de minuit six | Michael Jackson

Black or White | Michael Jackson (1991)

lundi 18 mai 2009

Pourquoi une fête des Patriotes?

15 février 1839 | Pierre Falardeau (2000)

• • •

Plus d’un siècle et demi s’est écoulé depuis la rébellion des Patriotes de 1837 et 1838. Et pourtant, ce chapitre de notre histoire nationale n’a rien perdu de son actualité.

Bien sûr, notre mémoire collective n’oubliera jamais le dénouement tragique et sanglant de cet épisode de notre histoire. Mais, pour mesurer précisément la signification profonde du combat qu’ont livré ces hommes et pour saisir le caractère fondamentalement modéré de leurs revendications, il faut remonter aux sources mêmes, c’est-à-dire à l’Acte constitutionnel de 1791 qui avait institué au Bas-Canada et au Haut-Canada des assemblées législatives dont les pouvoirs réels étaient, à toutes fins utiles, sans substance.

Ce que l’on oublie trop souvent, c’est que ce que l’on a appelé la rébellion des Patriotes avait été précédée de près d’un demi-siècle de luttes pacifiques, légales et politiques menées contre l’autoritarisme, l’intransigeance et la corruption du pouvoir colonial.

À côté d’une assemblée législative élue par le peuple, se trouvait un Conseil législatif dont les membres étaient non pas élus mais nommés par le gouverneur en place. Ce Conseil, où les représentants anglophones disposaient de la majorité des voix, pouvait rejeter toute loi votée par l’assemblée législative, et ne se privait pas de le faire fréquemment. De la même façon, l’administration du Bas-Canada était confiée à un Conseil exécutif dont les membres étaient aussi nommés par le pouvoir colonial et ne rendaient aucun compte à l’assemblée législative de la façon dont les deniers publics étaient dépensés.

Essentiellement, les Patriotes réunis autour de Louis-Joseph Papineau réclamaient les grands éléments de ce qui forme une démocratie digne de ce nom: un corps législatif représentatif doté de pouvoirs réels, un gouvernement responsable, le contrôle par les élus des revenus de la taxation et des institutions politiques garantes du bien commun. En ce sens, même si son terrain d’action a été local et national, la lutte des Patriotes a mis de l’avant des idéaux universels.

Les revendications des Patriotes se sont d’abord largement inspirées des grands principes de la Révolution américaine, et notamment du «no taxation without representation». Elles ont emprunté également au rejet de l’arbitraire et à la liberté des peuples, symbolisés par la Révolution française.

De Montesquieu à Rousseau, elles ont aussi largement puisé aux grandes idées politiques et sociales du siècle des lumières, les notions de séparation des pouvoirs, de volonté générale et de bien commun. Et enfin, par son caractère national, la lutte des Patriotes s’est largement inscrite dans le grand mouvement d’émancipation des nationalités qui gagnait l’Europe et l’Amérique du Sud à la même époque.

Le mouvement patriote a été, dans une large mesure, une coalition d’intérêts divers: une coalition d’agriculteurs, de marchands et de membres de professions libérales, mais aussi de citoyens d’origines anglaise, irlandaise et écossaise. En somme, les Patriotes n’ont pas été les aventuriers qu’une certaine tradition folklorique tente, encore aujourd’hui, de décrire. Les Patriotes ont été, d’abord et avant tout, des gens animés d’idéaux de liberté et de démocratie.

Les Patriotes comptent parmi nos premiers véritables démocrates. Réunis autour de Louis-Joseph Papineau, de Jean-Olivier Chénier, des frères Robert et Wolfred Nelson et du chevalier de Lorimier, ils se sont battus avec courage pour des idéaux de droit, de justice et d’égalité pour leur peuple, y perdant leurs biens, leur liberté et, pour des dizaines d’entre eux, leur vie.

La veille de sa mort, le chevalier de Lorimier écrivit cette lettre vibrante, véritable testament politique, dont voici quelques lignes:

«Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance; mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité et qui ne sont que trop communs dans l’effervescence des passions déchaînées. [...] Malgré tant d’infortunes, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir: mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. [...] je meurs en m’écriant: Vive la liberté! Vive l’indépendance!»

Extraits de l’allocution du premier ministre, M. Bernard Landry, à l’Assemblée nationale à l’occasion de la fête des Patriotes. Québec, le mardi 27 novembre (?) 2001.

Voir la réparation de Hubble

Sur le site de Boston Globe (Big Picture):


Ch'ais pas vous, mais moi, ça me scotche à terre, depuis que je suis gamin.

Se rappeler que des hommes sont là-haut.

(Source: The Big Picture).

Caisse qui se cache


Il était une fois un auteur qui s’appelait Mario Pelletier. Cet auteur, qui ne connaît rien à rien apparemment, a écrit un livre sur les dessous de la Caisse de dépôt et placement. Comme cet ouvrage, intitulé La Caisse dans tous ses états, n’est qu’un tissu de mensonges, paraîtrait-il, cette vénérable institution a décidé de recourir à une mise en demeure afin d’en empêcher la publication.

On reconnaît bien là le souci d’économie de ses dirigeants et leur volonté de ne pas occasionner de dépenses inutiles avec les deniers publics. En effet, s’il avait fallu réfuter une à une les allégations de M. Pelletier, cela aurait pu entraîner des débours allant peut-être jusqu’à deux mille dollars. Il était sans doute beaucoup plus économique de payer des honoraires d’avocats.

Voilà pour la liberté d’expression.

Prochain objectif: la liberté de pensée.

À propos des révolutions...

Éphémérides: 18 mai
Fête Nationale des Patriotes


C’est aujourd’hui la Fête Nationale des Patriotes. Dans le reste du Canada, on célèbre la fête de la reine Victoria.

Voila, vous avez tout compris.

Le spécial de minuit six | Godley & Creme

Cry | Godley & Creme (1985)

dimanche 17 mai 2009

Le bonhomme dans la Lune

Le site Very Short List annonce la sortie du film Moon pour le 12 juin aux États-Unis. Vérification faite, on l’annonce pour la même date sur Cinéma Montréal. Premier long métrage de Duncan Jones qui, en plus d’être réalisateur, est le fils de David Bowie, jadis connu sous le nom de Zowie Bowie. C’est bien pour dire.

Le film met en vedette l’excellent Sam Rockwell, dont le personnage doit passer trois ans en solitaire sur la Lune, sa compagnie étant sans doute trop avare pour lui payer un compagnon autre qu’un ordinateur qui parle avec la voix de Kevin Spacey. Tout va relativement bien, il peut voir grandir son bébé et garder le contact avec sa blonde grâce à Internet ou quelque chose du genre. Puis, finalement, au bout de trois ans, son remplaçant se pointe. Sauf que c’est lui le remplaçant. Enfin, un autre lui. Ce qui naturellement le porte à se demander s’il n’aurait pas un peu perdu la boule. Cliquez sur le lien suivant pour voir la bande-annonce.

Starman
Very Short List, May 15, 2009

«Ta loi fait mes délices.» (Psaume 119-118 v.77)

Le magazine GQ a mis la main sur des rapports confidentiels du Secrétaire à la Défense américaine datant de l’ère Bush junior, alors que Donald Rumsfeld en occupait la fonction. Les pages couvertures et le choix des extraits de la Bible qui les illustrent sont l’oeuvre du Major-général Glen Shaffer, un directeur du renseignement travaillant à la fois pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées (Joint Chiefs of Staff) et pour le Secrétaire à la Défense.

Selon le journaliste Robert Draper, qui signe ce long papier sur Donald Rumsfeld, le Secrétaire à la Défense n’aurait vu aucune objection à l’utilisation de références bibliques, croyant plutôt qu’elles réconforteraient le président Bush, un fervent chrétien né de nouveau.

Bien sûr, si cela avait été su par la presse (tous des gauchistes), il se serait certainement trouvé quelque démocrate ou autre terroriste pour crier à la guerre sainte. N’importe quoi...

And he shall be judged
Robert Draper, GQ magazine, mai 2009

Bonjour la police!

Toutes nos félicitations aux deux constables de la police du métro de Laval. Leur prompte intervention aura sans doute sauvé la vie de cette dangereuse contrevenante, de sexe féminin et de race étrangère, qui osait descendre l’escalier roulant sans tenir la rampe et ce, malgré les demandes répétées des représentants de l’ordre.

Comme l’a expliqué la porte-parole de la police de Laval, Nathalie Laurin, «si la dame avait dit «d’accord, pardon» et qu’elle avait mis sa main sur la rampe, ça se serait terminé là. C’est son entêtement à refuser de mettre sa main sur la rampe... Quand les policiers le lui ont répété deux ou trois fois, à ce moment, elle était évidemment en infraction et ils n’avaient pas le choix d’appliquer ce règlement.»

Malheureusement, les deux policiers n’ont pas utilisé de pistolet Taser contre la terroriste. Peut-être qu’ils n’en avaient pas sur eux. Ce qui soulève bien sûr la question de la sécurité de nos valeureux agents de la paix, appelés à patrouiller les entrailles de la terre en compagnie de la racaille qui n’a même pas les moyens de se payer une automobile.

• • •

Même le célèbre blogue BoingBoing a cru bon de relater l’exploit. D’accord, le prix de l’amende a changé, et ils attribuent le fait d’armes à la police de Montréal, mais c’est juste parce que personne ne connaît Laval, qui de toute manière n’existerait pas si ce n’était de Montréal. Non, vraiment, de la publicité comme ça, ça ne s’achète pas.

Montreal cop cuffs, busts and fines student $450 for not holding escalator rail in subway
Cory Doctorow, BoingBoing, May 17, 2009 7:51 AM

Attention: lire la mise en garde avant d’utiliser

The Original Off-Road Commode, 39,95$ US

• • •

La liste des gagnants du Wacky Warning Labels Contest vient d’être dévoilée. Le premier prix a été attribué à Convenient Sports International, distributeur de l’Original Off-Road Commode.

Éclairage sur le produit: il s’agit d’une simple lunette de toilettes portables qui se fixe sur le système de boule amovible de son véhicule sport – la chose qui sert à accrocher une remorque. Objectif: permettre au chasseur-campeur de se délester, confortablement assis sur un semblant de siège de toilettes, tout en profitant des charmes de la nature. La compagnie précise toutefois que ce produit «ne doit pas être utilisé sur un véhicule en mouvement». Le célèbre comique britannique Benny Hill n’aurait pas pu imaginer mieux.

Un écran non comestible, des mangeurs pressés et une pub surréelle
Fabien Deglise, Le Devoir, 16 mai 2009

Les mémoires de Palin

La maison d’édition Harper Collins a annoncé dernièrement que la gouverneure de l’Alaska, et ex-candidate à la vice-présidence des États-Unis, Sarah Palin allait bientôt publier ses mémoires.

La nouvelle a occasionné un certain choc au sein des milieux conservateurs, car il était peu connu jusqu’alors que la figure de proue des républicains lors de la dernière campagne présidentielle sût écrire. En effet, la droite, dans ce pays, estime généralement que ce genre de talent frôle l’intellectualisme.

Par ailleurs, le parti démocrate a commenté sobrement la nouvelle lors d’un point de presse donné en fin de journée, vendredi. Il s’est contenté de mentionner que, pour un tel ouvrage, le pluriel n’était peut-être pas de mise.

Éphémérides: 17 mai
Ville-Marie


Fondation, en 1642, de Montéral — alors Ville-Marie — sous la direction de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve. Sans doute serait-il enchanté de l’allure héroïque de la statue qui l’honore, Place d’Armes, lui qui est mort dans l’oubli total à Paris, en 1665.

Le spécial de minuit six | Arthur H

Dancing With Madonna | Arthur H (2008)