lundi 28 novembre 2022

Catalogue

 


Les six gares


Dans la Russie du XIXe siècle, un vieil homme est assis dans un compartiment de train attendant que celui-ci veuille bien démarrer. Il s’agit du vieux Pavel qui part pour l’hospice au lendemain de la mort de sa femme. Abandonné par ses enfants, il s’est rendu à son corps défendant à une pratique que nombre de rentiers de condition modeste utilisent alors. Sur les conseils de son avocat, il a vendu tout ce qu’il possède, y compris sa datcha chérie de Kountsevo, véritable métaphore du paradis, afin d’acheter une chambre dans un hospice de Tula. Sans trop penser au fait qu’il s’en va habiter la chambre d’un mort, Pavel s’est résolu, avec un fatalisme typiquement slave, à cette ultime odyssée. C’est donc avec ses deux malles, bourrées des souvenirs d’une vie consacrée au travail et à sa famille, et de ses quelques valises qui, elles, contiennent ses effets personnels, que Pavel a pris place dans le train. Au départ de Moscou, six arrêts le séparent de Tula, six gares qui représenteront les dernières choses du monde extérieur que Pavel ne verra jamais. C’est donc avec une attention soutenue qu’il ausculte les tableaux que lui présentent ces gares et qu’il en discute avec les gens qui viennent, au hasard des arrêts, prendre place dans son compartiment. La pièce est divisée en sept tableaux. Le premier offre la méditation de Pavel sur ce qui a été sa vie jusqu’alors. Les tableaux subséquents symbolisent les six âges de l’homme, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse. À chacun de ces tableaux, un représentant des âges de l’homme monte dans le compartiment, seul ou accompagné, et lie conversation avec Pavel dont le rôle ne consiste plus tant à prodiguer conseil, comme le veut la coutume, mais plutôt à écouter et à réapprendre les joies de l’existence. Ainsi, la mère d’un jeune enfant lui raconte les malheurs du petit dans une école tandis que le chérubin dort la tête appuyée sur sa cuisse. De jeunes carabins viennent se cacher dans le compartiment ensuite, afin de fuir le contrôleur, car ils n’ont pas de quoi payer leur voyage. Un jeune homme portant un bouquet vient lui parler de sa fiancée qu’il s’en va rejoindre. Un officier de l’armée revenant d’une campagne difficile lui confie les avanies que ses supérieurs et son mariage lui font subir, à tel point qu’il en vient à regretter de rentrer chez lui. Un couple à la santé chancelante tient avec lui une conversation en canon. Finalement, une femme d’âge indéfinissable revenant d’un enterrement lui confie les troubles que la perspective de la mort a mis dans son âme. À la dernière gare, Pavel fait descendre ses malles par un porteur et attend patiemment le départ du train qui l’emmènera loin de Tula.


 – Bourge Poustouri – 116 p. – 1988 – Pièce de théâtre contemporaine respectant presque à la lettre le style de Tchékov, et représentant en ce sens une magnifique analyse littéraire. Cependant, c’est bien davantage pour sa portée humaniste que cette pièce a été montée au Festival du théâtre des Amériques pour représenter la Roumanie, pays d’origine de l’auteur.

Aucun commentaire: