lundi 14 mars 2022

Catalogue

 


L’Infante rit


À la cour de Philippe II d’Espagne, sa fille cadette, depuis son tout jeune âge, s’avère une observatrice critique et intraitable des comportements, et habitudes, du monde des adultes. Au fil des ans, elle brosse un portrait de plus en plus caustique de ce qu’elle juge indigne à la fois de nobles personnes et de vrais chrétiens, tant la corruption et les moeurs dissolues lui inspirent la plus profonde déception à l’égard de ceux dont le rang social ne devrait être que la manifestation tangible de leur grandeur d’âme. Elle en vient, à l’adolescence, à se tourner vers les siens, en particulier sa soeur aînée l’Infante, pour le réconfort dont elle a grand besoin alors que ses jeunes convictions sont minées par le poids terrible de la réalité. Peu de temps après, sa soeur tombe gravement malade. Assaillie par un mal peu connu, les médecins la placent en quarantaine de peur qu’elle ne contamine toute sa famille. Alors que l’Infante dépérit presque de jour en jour, la cour commence de plus en plus à se tourner vers la cadette et à la considérer comme la nouvelle Infante. De fait, celle-ci goûte les avantages de sa nouvelle position. Elle participe à tous les grands événements de la cour, aux ambassades venues de terres éloignées, et même des Amériques, et elle voit se former autour d’elle une cour d’arrivistes pressés de se rapprocher du trône. Quant à elle, bénéficiant de revenus accrus, elle s’entoure de musiciens, poètes, comédiens et peintres dont le rôle est de rendre la vie de la nouvelle Infante plus agréable et, à travers elle, celle de toute l’Espagne. Graduellement, cette existence palpitante lui tourne la tête et, alors qu’elle commence à prendre goût à son rôle prédominant, la cour apprend avec surprise et joie que l’aînée se remet de son étrange maladie. Lorsque cette dernière reparaît à la cour, elle s’offusque rapidement que l’on surnomme sa soeur « la petite Infante ». La cadette s’attache dès lors la haine de sa soeur qui cherche constamment des moyens de lui nuire. Malgré cette hostilité sourde, la petite Infante garde autour d’elle sa nuée de troubadours qui constituent désormais le clou de toutes les fêtes données à la cour par son père. Malgré les tractations de coulisse ourdies pour lui nuire, la cadette affiche en permanence une joie et une gaieté légendaires, qui lui attirent toujours les meilleurs sentiments de la fine fleur de la noble société espagnole. Or, le malheur s’abat sur la famille impériale. Les fils de l’empereur meurent les uns après les autres, ne laissant comme survivant que le frêle Philippe. L’Infante nourrit alors des espoirs quant à une éventuelle accession au trône. Cependant, lorsqu’elle apprend que l’épouse de son gringalet de frère met au monde un vigoureux garçon, elle sombre dans une profonde mélancolie et c’est alors sa soeur cadette qui la ramènera à la santé.


 – Laurent Bassin – 298 p. – 1995 – Poussant le souci de la vérité historique à des degrés inégalés, l’auteur, tandis qu’il amassait de l’information pour son roman, est devenu un ami personnel du roi Juan Carlos d’Espagne. Habitué à fréquenter l’une des dernières grandes cours d’Europe, il ressuscite dans son roman un monde aujourd’hui disparu.

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