
Certains ont commencé à évaluer les coûts potentiels du fameux train à grande vitesse (TGV) devant relier Toronto à Québec, comme si un seul Torontois aurait éventuellement envie d'aller à Québec ou comme si la Ville-Reine présentait quelque attrait pour qui que ce soit.
Récemment, un député du Bloc québécois (BQ) a avancé le chiffre rocambolesque de 200 milliards de dollars. Pensez un moment à ce que cela représente, dans les faits. Cela revient à dire qu'une portion impressionnante de fonds publics seront illico privatisés, probablement pour aller finir, en tout ou en partie, dans un paradis fiscal. Bref une fortune colossale qui ne profitera en rien à la population. Dans le meilleur des cas, le service de TGV sera fonctionnel; on espère mieux que le mal nommé Réseau express métropolitain (REM).
Avec un tel trou dans les finances, le gouvernement n'aura d'autre choix que de couper encore plus dans les services à la population. Les gens qui seront plus en moyens – une minorité qui se réduit comme peau de chagrin d'année en année – devront recourir encore au privé, ce qui n'aidera en rien sur le plan des services. Les autres…
Le prétexte sera parfait pour imposer une nouvelle fois des politiques d'austérité, ne serait-ce que pour tenter de récupérer le manque à gagner. En parallèle, le gouvernement cAnadien sera encore plus flexible devant les exigences des multinationales qui n'en ont rien à faire des enjeux environnementaux. N'oubliez pas, par exemple, qu'un pipeline pend toujours au nez des provinces par les temps qui courent, comme s'il ne suffisait pas qu'une voie ferrée à grande vitesse traverse votre propriété.
Enfin, comme l'État se plaindra – éternelle rengaine – que ses coffres seront vides, il faudra bien s'en remettre à la gloutonnerie du fisc pour redresser la situation. Quand on songe que les gouvernements ont encore le culot de nous reprocher à nous le problème de la dette…
Bref, ce TGV n'est rien d'autre qu'un éléphant blanc sur rails. N'oubliez jamais qu'un éléphant, ça trompe énormément; mais moins qu'un gouvernement cAnadien, quand même.

Le Québec pleure aujourd'hui le départ de M. Claude Morin, grand serviteur de l'État et soutien inconditionnel du mouvement souverainiste. Longtemps familier des négociations entre le fédéral et la province de Québec, il aura été à l'avant-plan d'un moment capital de notre histoire.
À tel point qu'il fut le concepteur de l'étapisme, cette approche voulant que le Québec passe par un long processus afin de réaliser son indépendance. Processus au centre duquel se trouve, évidemment, la question d'un référendum que, de toute manière, le CAnada a déjà décidé de ne pas reconnaître en cas d'une victoire des souverainistes.
D'aucuns, mal intentionnés, finiront dans les jours à venir par mettre de l'avant sa collaboration avec des agents de la Gendarmerie royale du CAnada depuis les années 1950, qu'il maintint afin de leur tirer un maximum d'informations utiles. Cet état de fait donna lieu à une controverse dès 1977, laquelle ternit indûment la réputation de M. Morin.
Dans ce Québec moderne où nous vivons maintenant, il aura été, pour notre pensée politique et tout ce qui rime avec ces mots, un maître.

Samedi dernier, c'était le jour de la marche du 1er mai. Oui, je sais, vous allez me faire remarquer que ce samedi était le 2 mai. Les organisateurs ont sans doute pensé que la participation serait plus importante un samedi et qu'il valait mieux perturber la circulation montréalaise le jour des courses plutôt qu'un jour de boulot. Comme si les automobilistes eussent pu voir une différence, lorsqu'il est question de bouchons dans les rues de la métropole.
Bref, beaucoup de monde pour l'événement et une atmosphère bon enfant, sauf pour un bémol de taille. Il y eut dans le cortège une initiative au goût effectivement discutable qui a fait réagir toute la classe politique. En effet, des personnes ont trimballé une fausse guillotine sous laquelle figurait un mannequin représentant le ministre du Travail, M. Jean Boulet.
Évidemment, la chose fut interprétée comme une menace à l'endroit du personnel politique, lequel, dans son ensemble, a énergiquement condamné l'initiative. La première ministre, Mme Christine Fréchette, a affirmé «qu'il est possible d'avancer de façon constructive sans violence ou menaces», le chef du Parti libéral du Québec (PLiQ), M. Charles Milliard, a souligné quant à lui que «notre démocratie repose sur le dialogue, la négociation et la conciliation». C'est très sympathique de ces représentants de formations politiques d'invoquer de si grands principes, surtout quand on songe que la mesure et la conciliation font rarement partie de leur approche.
Pour ma part, je trouve effectivement que cette guillotine allait trop loin. Il eût mieux valu représenter le ministre en train de se faire botter le cul par une chaussure de travail surdimensionnée, dans l'espoir de le faire avancer vers l'équité.
Sans crampons, bien entendu.